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Perte du triple A pour l’Etat, triple crise pour les collectivités locales

Jeudi 19 janvier 2012

On voyait la catastrophe venir. Maintenant, c’est officiel : avec la perte programmée du « triple A » de la France, les collectivités devraient voir par contrecoup leurs conditions d’emprunt se dégrader. D’autant que cette situation se conjugue à une triple crise qui impacte les budgets locaux.

Première crise, de confiance, liée au non-respect de la parole donnée de l’Etat dans l’application de son pacte passé avec les territoires. Pour quelles raisons ? Parce que la dette nationale, contrepartie des déficits publics, est passée ces cinq dernières années de 1 200 à 1 700 milliards d’euros pour atteindre aujourd’hui 85 % du PIB. Responsable essentiel de cette tendance : l’Etat, confirme la Cour des comptes. Par ses décisions d’allègements fiscaux prises, dès la fin des années 1990, le mouvement s’est accéléré sous les gouvernements Fillon.

Ce faisant, Bercy fait payer le prix fort de ces turpitudes aux territoires en revenant systématiquement sur le pacte financier qui le lie au monde local. Comment ? En comprimant le volant local de ses dépenses, soit 20 % de son budget composé de dotations et autres subventions aux collectivités. Un peu plus chaque année, les termes du « Pacte de stabilité » qui régule les relations de l’Etat central avec le secteur local sont revus systématiquement en défaveur des territoires. Il s’agit d’un contrat de dupe en réalité et ce, depuis qu’il a été crée au milieu des années 1990 pour donner un cadre stable aux budgets locaux. Aucun gouvernement n’a souhaité y insuffler la nécessaire pérennité attachée à une bonne gouvernance.

Contraint de limiter la casse de ses propres déficits, le pouvoir central s’est donc retourné vers un coupable idéal, dénoncé à coups de communication présidentielle, en fermant le robinet des « concours » étatiques nécessaires à leur fonctionnement. Il exerce par ce biais un certain nombre de contraintes sur les budgets locaux. Qu’elles soient directes sous l’effet de l’application de la norme « 0 valeur » appliquée y compris à ces transferts vers les collectivités ou indirectes, par le biais des réformes territoriales et leur volet fiscal.

En 2011, l’effort de « redressement des comptes publics » a ainsi été décliné pour les territoires dans les deux derniers plans de rigueur :

- Celui du 24 août : par la participation des collectivités à hauteur de 20 % du milliard d’euro de dépenses publiques gelé par l’Etat, avant même le dépôt du projet de loi de finances 2012 ;

- Celui du 7 novembre par la hausse du taux dit réduit de la TVA de 5,5 % à 7 % sur certaines des services des collectivités.

Seconde crise qui affecte le monde local, celle du système financier et de ses déclinaisons locales.

Alors qu’en juillet 2011, Dexia, première banque des collectivités, passait avec succès les « stress-tests », cet établissement annonçait le mois suivant un retour aux bénéfices avant de se retirer définitivement du marché. Promis au découpage entre la Caisse des dépôts et la Banque postale, Dexia est l’histoire d’un modèle économique intenable, vanté plus d’une décennie, mis sous la perfusion de la vente des « prêts toxiques » à fortes marges et qui termine au désastre.

Aujourd’hui, l’ex-premier banquier des collectivités laisse les élus en plan. L’inquiétude sur la disparition de ce major des financements locaux ajoutée à la nouvelle réglementation dite Bâle III devraient rendre plus difficiles encore les conditions d’accès aux financements destinés aux territoires. Cela alimente le projet de création d’une banque publique portée par les principales associations d’élus mais il prendra du temps. Ironie de l’histoire, il aura fallu un petit quart de siècle pour remettre au goût du jour l’idée d’une Caisse des collectivités, éteinte en 1982, à la naissance du Crédit local de France, l’ancêtre de Dexia.

Quels sont les comportements adoptés par les collectivités dans cet environnement hostile ? Contre vents et marées et à rebours d’une réputation dispendieuse, elles ont continué à privilégier l’investissement. Cela a été encore le cas en 2010, avec une croissance de près de 3 % pour atteindre 51,9 milliards soit les trois quarts de l’investissement public et 40 % de l’activité du bâtiment.

Limitées dans leur autonomie, plus faiblement aidées entre-elles que leurs cousines allemandes, heurtées par des transferts de compétences mal compensés et une relation avec l’Etat sans cesse bouleversée, les collectivités ont en outre été les victimes collatérales d’une finance débridée. Elles ne disposent plus guère que du levier de la dette pour assumer leurs interventions. Mais pour combien de temps ? La troisième crise à venir pourrait bien dépasser la sphère locale. Car en remettant en cause la dimension territoriale de notre République consacrée par la révision constitutionnelle de 2003, l’année 2012 sera peut-être celle d’une crise démocratique majeure. Conséquence du caractère impécunieux de l’Etat mais bien au-delà, d’une marche à rebours de près de trente années de décentralisation.

Source LeMonde.fr

EXCLUSIF : 60 départements préparent un recours contre l’État

Mardi 4 mai 2010

Alors que le rapport remis jeudi dernier au Premier ministre confirme la réalité des difficultés financières des Conseils généraux, plusieurs dizaines d’entre eux s’apprêtent à dénoncer l’inconstitutionnalité des transferts de compétences votés depuis 2002

Le document remis par le haut fonctionnaire Pierre Jamet recense, sans les nommer, une dizaine de Départements dont la situation budgétaire est jugée « à risque », du fait d’une explosion de leurs dépenses sociales. Mais ils seraient beaucoup plus nombreux. Surtout, ce constat vient bien tard. « Ce rapport confirme notre diagnostic mais le mal est fait, avoue Yves Lecaudey, vice-président (PS) du Conseil général de la Gironde. Au-delà des chiffres, l’État a créé des charges nouvelles compensées sur des bases erronées et figées ».

Une situation qui remonterait à 2003.

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Yves Lecaudey
Photo Bordeaux Actu – Stéphane Moreale

« Certaines recettes de fiscalité indirecte comme la TIPP sont figées depuis plusieurs années, alors que nos dépenses sociales ont entre-temps explosé » affirme Yves Lecaudey. Le cas le plus flagrant serait celui du RSA, dont le nombre d’allocataires a été décuplé avec la crise. Un constat confirmé par l’agence de notation Standard & Poor’s, qui siganle que « depuis leur transfert l’écart entre ces dépenses et le montant de leur compensation n’a cessé de se creuser ». « Cette situation nous fait conclure à la non-constitutionnalité des dispositifs, du fait même des charges non-compensées », avance Yves Lecaudey.

Recours en inconstitutionnalité

Du coup entre 50 et 60 présidents de Conseils généraux se concertent actuellement pour engager, individuellement, une action devant le juge administratif pour dénoncer l’inconstitutionnalité des transferts de compétences votés ces dernières années. Le président Philippe Madrelle a entamé en ce sens cette semaine une série de déplacements à Paris, siège de l’Association des Départements de France (ADF).

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La dette de l’état au 12 janvier 2010
Photo Bordeaux Actu – Bernard Lamarque

Quant aux mesures proposées par le rapport Jamet pour soulager les finances locales, elles sont jugées totalement hors propos par les principaux concernés. Voire pire. « J’attendrai qu’elles soient rigoureusement formulées pour me prononcer mais, si elles sont confirmées, elles relèvent du piège à cons, accuse Yves Lecaudey. Les difficultés des Départements viennent du fait que leurs dépenses progressent plus vite que leurs recettes. Ainsi, en Gironde, les dépenses liées au RSA ont flambé. En 2009, on a perçu 120 millions d’euros au titre des droits de mutation. Soit 60 millions de moins qu’en 2008. Fin 2009 on a noté un frémissement de l’activité immobilière qui nous a fait espérer 30 millions d’euros de plus que prévus en 2009. Mais le RSA nous a bouffé cette marge. Ces dépenses ne sont pas conjoncturelles mais structurelles. Or précisément les mesures proposées dans le rapport Jamet sont conjoncturelles ! »

Dernier sujet d’inquiétude pour les collectivités : la fin programmée de l’autonomie fiscale. « Le principe constitutionnel de l’autonomie fiscale des collectivités, c’est fini, lâche Yves Lecaudey. Les ressources des collectivités viendront désormais de la fiscalité indirecte, fonction de la consommation, et des dotations de l’Etat. Or le député Gilles Carrez [rapporteur général de la Commission des finances de l’Assemblée nationale NDLR] propose justement que ces dotations soient gelées pour dix ans. On va droit dans le mur »

à lire sur Bordeaux Actu

210 Millions d’euros : Et si l’Etat était condamné ?…

Mardi 5 janvier 2010

Quand un conflit oppose le gouvernement à une ou plusieurs collectivités locales, il est assez peu fréquent que le Conseil d’État donne raison à ces dernières. C’est pourtant ce qui est advenu récemment dans un contentieux entre les départements de Seine-Saint-Denis et de Saône-et-Loire d’une part, l’État d’autre part, au sujet d’une compensation non assurée pour la protection de l’enfance. Cette charge supplémentaire devait être contrebalancée par un fonds de 30 millions d’euros mais la loi n’a jamais été promulguée par un décret d’application.

210 millions d’euros

Vice-président du Conseil général  de la Gironde chargé des questions sociales, Gilles Savary a accueilli évidemment avec le sourire cette décision datant du 31 décembre : « C’est un arrêt très important qui démontre l’imposture du gouvernement lors qu’il accuse les collectivités locales d’être coûteuses. »

Faut-il en déduire que cette décision ouvre la porte à une remise en cause totale des transferts de charge décidés par l’État ? Gilles Savary ne va pas aussi loin : « Dans le cas de la protection de l’enfance, il s’agit d’une non-compensation caractérisée que les conseillers d’État ont justement sanctionné. Mais certains transferts sont beaucoup plus difficiles à évaluer. Par exemple, dans le cas du pont Eiffel de Saint-André-de-Cubzac, qui se trouve dans un état déplorable, comment fixer les travaux avec précision ? »

Le Conseil général n’en maintient pas moins la pression sur un montant global de transferts non compensés évalué à 210 millions d’euros par Philippe Madrelle. Et Gilles Savary ne désespère pas que la protection de l’enfance fasse jurisprudence dans d’autres domaines. Par exemple, le handicap ou l’allocation personnalisée d’autonomie.

Mais en attendant, le président a décidé d’effectuer la même démarche judiciaire, avec le concours d’un cabinet spécialisé, et en collaboration avec Henri Emmanuelli pour les Landes. L’État a été condamné par la plus haute juridiction administrative à prendre un décret dans un délai de quatre mois sous astreinte de 500 euros par jour de retard.

Auteur : Hervé Mathurin

Comme nous le devinions il y a déjà une quinzaine de jours, la démarche victorieuse de la Saône-et-Loire a bel et bien donné des idées aux Girondins. Maintenant qu’un des cinq plus importants départements de France a enclenché sa machinerie judiciaire, il y a fort à parier que la démarche ne se globalise au plan national…