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Un plan pour rééquilibrer les comptes du CNDS à l’horizon 2016

Valérie Fourneyron, ministre des Sports, a présenté mardi 13 novembre 2012 les orientations fixées au Centre national pour le développement du sport (CNDS) pour 2013 et les années suivantes devant son conseil d’administration. Selon un communiqué du ministère des Sports, les « mesures annoncées visent à recentrer l’établissement sur sa vocation initiale de correction des inégalités d’accès à la pratique sportive sur les territoires, après une dérive de plusieurs années vers d’autres missions (grands événements, stratégie internationale, grands équipements). Cette dérive rend aujourd’hui impératif le redressement des comptes de l’établissement. [...] Un plan pluriannuel d’économies a été donc acté pour la période 2012-2016 afin de préserver le bon fonctionnement du CNDS, aujourd’hui dans une situation d’endettement critique. Les engagements pris à date par l’établissement sur la seule année 2012 dépassent de près de 100 millions ses recettes annuelles, alors que sa dette, à la fin de 2012, s’établit à 464 millions d’euros ».
Les principales mesures décidées par le conseil d’administration visent à assurer le retour à l’équilibre des comptes de l’établissement dès 2016 et à rétablir un fonds de roulement positif en 2017. Elles portent, tout d’abord sur la campagne de subventions de l’automne, qui représentait 23 millions d’euros d’engagements supplémentaires, et qui a été annulée. Le conseil d’administration a pris les mesures administratives nécessaires pour permettre l’examen de ces demandes de subventions au printemps 2013, sans que les porteurs de projet n’aient à redéposer leurs dossiers. Ensuite, les dotations éloignées du sport pour tous seront fortement réduites. Les dépenses de la part nationale du CNDS, liées notamment au financement des grands événements sportifs internationaux, diminueront de 30% sur 2013-2015. Les frais de fonctionnement de l’établissement seront par ailleurs réduits de 15%. Enfin, la capacité d’engager de nouvelles dépenses d’équipement sera réduite et mieux encadrée. Les subventions aux arénas seront désormais examinées dans le cadre des dispositifs classiques du CNDS sans majoration dérogatoire ni enveloppe spécifique. Le conseil d’administration a toutefois confirmé que les engagements de subventions pris à date par le CNDS seront tenus.

Plus d’autonomie aux commissions territoriales

« Ces arbitrages, rendus nécessaires par la situation, poursuit le communiqué, s’accompagneront d’une réorientation des dotations financières du CNDS vers leur vocation originelle d’encourager le sport pour tous et d’accompagner le sport de proximité sur les territoires. » Parmi les premières mesures dans ce sens, notons que : la part territoriale du CNDS contribuera seulement à hauteur de -7% à l’effort de redressement en 2013, et sera stabilisée par la suite ; les aides à l’emploi sportif seront intégralement préservées ; les aides aux associations locales en faveur du sport pour tous seront maintenues ; le soutien à l’acquisition de matériels et prothèses spécifiques pour la pratique du sport par les personnes handicapées sera renforcé ; un fonds dédié à encourager la santé par le sport sera créé, via la part territoriale du CNDS, en relation étroite avec la direction générale de la Santé. Il sera abondé localement par les agences régionales de santé.
Dernier point : afin de rationaliser et fiabiliser les procédures d’instruction des dossiers de demande de subvention, la structuration du CNDS a été simplifiée et il est également laissé plus d’autonomie aux commissions territoriales du CNDS dans l’emploi des fonds pour répondre aux besoins locaux, en contrepartie d’une exigence d’évaluation renforcée.

Jean Damien Lesay

« Le Sénat sera le porteur de la réforme territoriale », promet Jean-Marc Ayrault

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, invité mardi 5 juin 2012 au Sénat par le groupe socialiste, a plaidé pour l’ »exemplarité » et assuré les sénateurs PS qu’ils seraient « associés à toutes les grandes décisions du gouvernement ».

« Après ces 5 années où les engagements auront été si souvent balayés, où la parole publique aura été si souvent dévaluée, il nous appartient de rendre confiance dans l’engagement politique, dans l’action publique, cela suppose notre exemplarité, un travail sans relâche », a déclaré le chef du gouvernement lors de cette réunion dont le début était ouvert à la presse.

Très applaudi, M. Ayrault, en présence du ministre des Relations avec le parlement, Alain Vidalies, et du président PS du Sénat, Jean-Pierre Bel, a assuré aux sénateurs qu’ils seraient « associés à toutes les grandes décisions du gouvernement ».
Il a indiqué qu’après les législatives, il se réunirait chaque semaine avec M. Bel et le président du groupe majoritaire dans la Haute assemblée, François Rebsamen.

Attendre l’achèvement des travaux du Sénat – Il a annoncé que le projet de loi sur le harcèlement sexuel serait examiné en premier lieu par le Sénat et que, sur la future réforme territoriale, « le gouvernement sera attentif à ne rien entamer avant l’achèvement des travaux du Sénat ».

Le président Bel a lancé une vaste consultation des élus locaux qui doit aboutir en septembre à des états généraux de la décentralisation. « Le Sénat sera le porteur de la réforme territoriale », a promis M. Ayrault.

Il a indiqué que les débats parlementaires en séance au Sénat ne commenceraient pas avant « la mise en place de la majorité à l’Assemblée nationale » et sa déclaration de politique générale.
« Je souhaite que les débats en séance publique (au Sénat, ndlr) attendent quelques jours après la mise en place de la majorité à l’Assemblée », a-t-il dit.

Déclaration de politique générale – « Je ne souhaite pas que les Français découvrent, et ça vaut aussi pour les membres du gouvernement, par tranches successives les orientations de notre politique, c’est la raison pour laquelle je souhaite présenter la politique du gouvernement dans sa cohérence et sa globalité avant que la session ne reprenne vraiment, c’est-à-dire à l’occasion de la déclaration de politique générale », a-t-il déclaré.

Le Premier ministre a enfin souhaité que le droit « au dernier mot » sur les textes que possède constitutionnellement l’Assemblée nationale ne soit utilisé qu’exceptionnellement.
« La majorité à l’Assemblée nationale aura constitutionnellement le dernier mot dans les navettes parlementaires mais je souhaite que le recours à cette facilité institutionnelle demeure l’exception », a-t-il souligné.

« Je souhaite que les allers et retours entre les deux chambres permettent sur chaque projet ou proposition de loi d’aller jusqu’au terme de la réflexion », a-t-il insisté, plaidant aussi pour que les parlementaires « trouvent aussi souvent que possible des accords en commission paritaire ».
« Je donnerai des consignes au gouvernement de respecter le travail réalisé et de ne revenir sur ces compromis que dans les cas où cela se justifie pleinement », a-t-il encore assuré.

Gironde : Philippe Madrelle présente sur le terrain les choix budgétaires du département

Le Président du Conseil général Philippe Madrelle ira à la rencontre des élus locaux girondins pour leur présenter les orientations budgétaires 2012 du département ainsi que la mis en place du nouveau coefficient de solidarité territoriale.

Il sera accompagné pour ces Rencontres territoriales de Bernard Dussaut Premier vice-président en charge de l’aide aux communes et intercommunalités et de Jean-Marie Darmian, vice-président chargé du budget et des finances.

Ces réunions sont ouvertes à tous les élus locaux désireux de dialoguer en direct sur la situation réelle du Conseil général dans le contexte national.

  • Lundi 16 janvier (18h 30) Salle des Fêtes de Pugnac
  • Jeudi 19 janvier (18h 30) Salle du conseil mairie de Lanton
  • Jeudi 26 janvier (18 h 30) Salle des Goélettes maison du vin et du tourisme à Pauillac
  • Mercredi 1° février (18 h 30) Salle des Amis réunis Saint Pierre de Mons
  • Vendredi 3 février (18 h 30) La Coupole Saint-Loubès
  • Jeudi 8 février (18 h 30) Maison de l’Isle Saint-Denis de Pile
  • Mardi 13 février (18 h 30) Salle du conseil Hôtel de ville de Mérignac

Carte intercommunale : les règles du jeu restent incertaines

AdCF Rennes

La 22e Convention de l’Assemblée des communautés de France (AdCF), qui s’est achevée ce 14 octobre à Rennes, a naturellement été dominée par les schémas départementaux de coopération intercommunale qui doivent en principe être arrêtés d’ici la fin de l’année. Mais au-delà de ce calendrier serré, le problème de la nouvelle répartition des compétences lors, notamment, de la fusion de communautés, a soulevé beaucoup d’interrogations que l’intervention du ministre Philippe Richert, venu à Rennes avec la promesse de souplesses à tous les étages, n’a pas toujours éclaircies.

Philippe Richert, le ministre chargé des collectivités territoriales, ne le nie pas : « La période que nous traversons est agitée. Elle est à la fois très intéressante et très complexe. » C’est peu dire, sachant qu’il s’exprimait devant un parterre d’élus intercommunaux alors qu’une date butoir approche à grands pas : il ne reste en principe plus que deux mois et demi avant que ne soient arrêtés les schémas départementaux de coopération intercommunale (SDCI).

Et que ne soit ainsi, pour un bon moment, reconfigurée – défigurée, diront certains esprits chagrins – la carte de France de l’intercommunalité. A ce titre, la 22e Convention nationale de l’Assemblée des communautés de France (AdCF), qui réunissait quelque 1.700 participants ces 13 et 14 octobre à Rennes, avait de facto une tonalité toute particulière ponctuée par des demandes urgentes de précisions de la part de pas mal d’élus. Comment faire pour amender au mieux les projets de schémas élaborés par les préfets ? Comment se prononcer alors que les études et données jugées nécessaires, notamment au niveau fiscal, manquent toujours ? Comment obtenir un consensus au sein de la commission départementale de coopération intercommunale (CDCI) pour que les amendements puissent être adoptés à la majorité des deux tiers avant le 31 décembre 2011 ?

Assez naturellement, Philippe Richert a confirmé jeudi les propos tenus quelques jours plus tôt par François Fillon : le Premier ministre avait indiqué qu’un peu de lest serait lâché sur le calendrier pour « donner, partout où c’est nécessaire, davantage de temps à la concertation » (voir ci-contre notre article du 7 octobre). Philippe Richert l’a redit : « Le gouvernement ne méconnaît pas les difficultés, les inquiétudes légitimes ». Il a certes défendu l’esprit de la loi et rappelé qu’elle avait été votée dans un certain consensus. Il a aussi réexpliqué pourquoi le législateur avait opté pour la date du 31 décembre 2011 : il s’agissait d’avoir suffisamment de temps jusqu’au 1er juin 2013 pour la phase de préparation des arrêtés de chaque communauté, sachant que la date de juin 2013 avait elle-même été choisie « pour que les élections de 2014 se déroulent dans de bonnes conditions ». Mais, a-t-il assuré, cette date « n’est pas un couperet absolu ». « Dans les départements où les blocages seraient insurmontables, on peut aller au-delà du 31 décembre 2011″, a-t-il poursuivi, en finissant par glisser, en ne se voulant pas trop précis : « Il n’y a pas de date retenue, mais on pourra aller au deuxième semestre 2012. » Jusqu’à six mois de plus, donc. Et apparemment, selon le ministre, pas besoin de changer la loi pour cela. En sachant que le principe, c’est de « ne pas freiner les territoires qui sont prêts, ne pas bloquer tout le département du fait d’une seule situation particulière ».

« Convergence » avec la proposition Pélissard

Certains élus restent un peu perplexes. « Je ne suis pas sûr que le ministre n’ait pas voulu nous endormir. Pour le moment, la loi, c’est le 31 décembre 2011″, commente par exemple Gérard Gouzes, président de la communauté d’agglomération Val de Garonne. On sait par ailleurs qu’une proposition de loi tendant précisément à repousser de six mois le début de la mise en œuvre des schémas vient justement d’être déposée par deux sénatrices centristes, Nathalie Goulet et Françoise Férat.
De même, à la veille de l’ouverture de la Convention de l’AdCF, Jacques Pélissard, le président de l’AMF, a de son côté déposé une proposition de loi « visant à assouplir le cadre législatif de la refonte de la carte intercommunale » et donc entre autres à faire en sorte que « seuls figurent dans les schémas arrêtés en 2011 les projets aboutis ». Les projets à problème – certains projets de fusions de communautés, notamment – pourraient être actés lors de la clause de revoyure, laquelle serait prévue pour fin 2015, et non plus en 2017 comme jusqu’ici inscrit dans la loi de réforme des collectivités. Le ministre a fait valoir les vues « convergentes » entre cette proposition de loi et le dessein du gouvernement.

Un éventuel report de l’échéance du 31 décembre 2011 au printemps 2012 ne réjouit en fait pas tout le monde. A l’AdCF, d’aucuns sont plutôt troublés. Car on craint un « enlisement » de la réforme. « Qu’on n’empêche pas ceux qui veulent avancer de le faire ! », a ainsi lancé Dominique Braye. « Nous ne voulons pas d’un moratoire sine die », avait de même déclaré Daniel Delaveau, le président de l’AdCF, en ouverture de la Convention.

La représentation des communes en question

Présent à la tribune à Rennes jeudi, Jacques Pélissard a évoqué les autres dispositions de sa proposition de loi, qui viennent en fait formaliser des demandes émises depuis déjà pas mal de temps. Parmi elles, la nécessité de « différer l’application des règles nouvelles de composition du conseil communautaire et du bureau à la date du prochain renouvellement général des conseils municipaux ». Ou comment permettre aux élus aujourd’hui vice-présidents de communautés, par exemple, de conserver leur fauteuil jusqu’en 2014. Peut-être plus facile, ainsi, de faire adhérer les élus concernés aux transformations en vue… La sénatrice Jacqueline Gourault avait, dès la préparation de la réforme, attiré l’attention sur ce point. Et son collègue PS Jean-Pierre Sueur, aujourd’hui président de la commission des lois du Sénat, vient de déposer sa propre proposition de loi sur le sujet.

Philippe Richert a fait savoir que s’il faudra effectivement « trouver un véhicule législatif », cette disposition est bien « faisable » et le gouvernement « n’émettra pas d’objection ». Nombre d’élus l’ont fait valoir au fil des ateliers qui se sont succédé à Rennes : cette question est moins anodine qu’il n’y paraît. Car c’est bien la représentation de chaque commune qui est en jeu. Une question qui se posera y compris après 2014 : avec des communautés très élargies et un plafonnement par la loi du nombre de délégués, certaines petites communes risquent de n’avoir plus qu’un délégué siégeant à la communauté. A l’AdCF, on fait valoir qu’à défaut d’avoir, au moins pour le moment, obtenu un déplafonnement, les intercommunalités doivent utiliser au mieux leurs marges de manœuvre lorsqu’elles choisiront leur méthode de répartition des sièges.

Recréer des syndicats…

Autre volet de la proposition de loi Pélissard : « résoudre la question du risque de restitution non voulue de compétences intercommunales aux communes en cas de fusion de communautés » en permettant aux préfets d’autoriser la création de syndicats intercommunaux pour une partie du territoire communautaire. Ceci, dans les domaines scolaires et sociaux. « L’exemple le plus significatif est celui de la compétence ‘équipements et fonctionnement des écoles’ qui ne peut pas toujours être gérée à l’échelle communautaire ni être restituée aux communes membres », explique le président de l’AMF dans son exposé des motifs, citant également les centres intercommunaux d’action sociale, la gestion des crèches, les services d’aide à domicile…

Les échanges au cours de la Convention ont largement confirmé que l’on touche là à une préoccupation tout à fait centrale pour beaucoup de territoires promis à des redécoupages. Le cas de figure type : une communauté de communes rurale va fusionner avec une communauté d’agglomération. Deux communautés de nature différente, avec des compétences forcément très différentes. La première a développé des services et mutualisé des équipements, notamment, donc, en matière d’enfance. La seconde, en revanche, n’a jamais eu de raison de le faire. Que se passera-t-il, alors, après la fusion ? La nouvelle communauté prendra-t-elle ces compétences, alors que cela n’aurait pas de sens sur la partie urbaine de son territoire ? (« Une grande communauté d’agglomération n’a pas vocation à gérer le scolaire ou la petite enfance », confirme par exemple Daniel Delaveau). Ou bien imposera-t-elle aux communes de l’ex-communauté de communes rurales une remunicipalisation de ces compétences ? Guère pensable. Surtout s’il s’agit, par exemple, d’écoles ou de crèches. D’où la solution proposée par l’AMF : créer un syndicat intercommunal qui ne serait actif que sur une partie du territoire de la nouvelle communauté (le territoire de l’ex-communauté de communes).

Philippe Richert l’a lui-même évoqué, parlant de toutes ces « petites communautés à degré d’intégration très fort qui vont rejoindre une communauté d’agglomération moins intégrée »… d’où des « compétences qui auront besoin d’être portées par un syndicat intercommunal ». Certes, a-t-il admis, cela peut sembler « contradictoire » avec l’esprit d’une loi qui incite à la suppression d’un maximum de syndicats. Mais « c’est une réalité, il faut trouver des solutions », a dit le ministre, assurant qu’il avait fait passer le message aux préfets.

Un nouvel « intérêt communautaire géographique » ?

Parmi les nombreux élus confrontés au problème, l’ancienne ministre Valérie Létard, présidente de Valenciennes Métropole, qui « envisage de recréer un Sivom », parle de « syndicats balais »… et se demande si une autre solution ne serait pas de « réfléchir à des compétences territorialisées ». Sa question au ministre : « Est-ce que la loi le permet ? » Réponse de l’intéressé : « Oui, la loi permet cette flexibilité. Ce serait une forme de compétences à la carte. Et à chaque fois qu’on peut faire les choses à la carte, c’est tant mieux. »

Là encore, certains sont surpris. Et soulignent au passage que dans le cas d’un syndicat, la compétence en question n’est évidemment pas prise en compte dans le coefficient d’intégration fiscale (CIF)… et donc pas non plus dans le calcul des dotations. Jacques Pélissard met en avant le fait qu’une certaine « rigueur jurisprudentielle » a jusqu’ici plaidé en faveur de « l’insécabilité des blocs de compétences dans la définition de l’intérêt communautaire ».

Beaucoup d’élus intercommunaux en tout cas, au cours des ateliers de la Convention, se sont interrogés tous azimuts : « Notre travail sur la définition de l’intérêt communautaire nous permet-il vraiment de creuser cette piste de la territorialisation ? » ; « Quand on fusionne, normalement, on fusionne toutes les compétences, puis on en fait redescendre certaines aux communes » ; « Les compétences territoriales, je ne vois pas ça dans la loi » ; « Le ministre a-t-il consacré la notion d’intérêt communautaire géographique ? » D’autres, au contraire, assurent que tout cela se pratique déjà. D’autres, enfin, à l’instar de Claude Chalon, président du Grand Dole, tout en estimant que « des intercommunalités à la carte, ce serait un recul incroyable », insistent sur le fait que « prendre une compétence, cela ne signifie pas forcément l’exercer partout de la même manière ». Une idée que Daniel Delaveau met lui aussi volontiers en avant sous le terme de « subsidiarité ».

L’ »entente » refait surface

Des précisions auront toutefois été apportées par un représentant de la DCGL présent à Rennes, Stanislas Bourron, sous-directeur des compétences et des institutions locales : une « palette de solutions » s’offrira bien aux communautés élargies ou fusionnées. En sachant que la création d’un nouveau syndicat n’est à envisager, selon lui, que « lorsqu’il n’y a vraiment pas d’autre solution ». Les élus peuvent aussi s’appuyer sur un syndicat existant, qui récupérerait la compétence en question. Autre piste : la notion de compétence facultative qui, si elle est définie finement, peut permettre de se caler sur les besoins d’une partie seulement du territoire (si l’on précise, par exemple, que la communauté prendra en charge les établissements scolaires de telle ou telle taille seulement…). Enfin, les juristes ont « exhumé » du Code général des collectivités territoriales le système de « l’entente », un « système conventionnel de gestion d’équipements » qui permettrait, là encore, de faire pas mal de choses…

Le président d’une communauté de communes d’Ille-et-Vilaine s’est étonné que personne n’ait évoqué ce qui pourrait selon lui constituer « une autre solution intéressante pour continuer à exercer des compétences de proximité, à quelques communes, au sein d’une agglomération plus large » : que ces communes se transforment, au sein de ladite agglomération, en commune nouvelle.

Stanislas Bourron a par ailleurs apporté des éclaircissements sur d’autres questions. Invité par les élus à revenir sur la question du calendrier, il a notamment insisté sur le fait que « le 31 décembre 2011, c’est le début ! ». Autrement dit que « la concertation continuera » – que s’ouvrira alors pour dix-huit mois « la période juridico-administrative durant laquelle on prendra les arrêtés de périmètre et de création avec de nouvelles consultations et délibérations »… Et qu’au-delà même de ces dix-huit mois, « rien ne dit clairement qu’on ne pourra pas continuer à faire évoluer les choses », y compris dans le cadre de procédures classiques. En revanche, a-t-il précisé, « les schémas ne peuvent pas contenir de variantes », contrairement à ce qui, semble-t-il, aurait été esquissé par quelques préfets.

« Un océan d’incertitudes »

Le représentant de la DGCL a également indiqué, répondant au souci des élus de disposer de suffisamment d’éléments pour que soient réalisées des simulations financières, que le programme Fidelio mis au point par Bercy « devrait arriver dans les prochains jours dans les DDFIP (directions départementales des finances publiques) » et qu’il y a ainsi « bon espoir qu’à la mi-décembre, les éléments d’information sur les questions fiscales puissent être fournis ». « Nous aussi, on l’attend avec impatience », a-t-il admis au passage… Pendant que dans un autre atelier, consacré aux finances, on ne manquait pas de souligner que la concomitance des chantiers, forcément, ne facilitait pas les choses : les périmètres doivent bouger alors même que la réforme de la fiscalité locale est loin d’avoir dévoilé tous ses effets pour certains territoires… et que le projet de loi de finances apporte une dose supplémentaire de nouveauté avec la création d’un fonds de péréquation horizontale dont le principe est certes salué par l’AdCF. Sans oublier l’attente du chantier de la modernisation des valeurs locatives. « Un océan d’incertitudes », a-t-on pu entendre… La « cellule d’écoute » destinée à répondre aux questions des élus sur la réforme, dont Philippe Richert a annoncé la création au sein de son ministère, ne devrait pas manquer de travail.

Malgré tout cela, cette 22e Convention a permis d’apprécier un certain volontarisme – et, parfois même, optimisme – de la part des acteurs intercommunaux. La présentation de cas concrets de fusions (fusions réalisées, comme pour la communauté Arc Bretagne Sud, ou en cours, comme pour la communauté de la vallée de Clisson) ont pu en attester. Une consultation électronique réalisée en direct lors de l’assemblée générale de l’AdCF, la veille de l’ouverture de cette rencontre annuelle, en a également témoigné. Certes, la majorité des présidents d’intercommunalités souhaitent une application en deux temps des schémas pour distinguer les évolutions immédiates et les orientations de moyen terme qui ne pourront être mises en œuvre que lors du prochain mandat. Certes, ils savent qu’il va falloir que les CDCI se réunissent très souvent d’ici la fin de l’année pour aboutir à des schémas acceptables et acceptés (sur ce point, Philippe Richert assure avoir donné des instructions aux préfets). Mais une majorité estime par exemple possible de parvenir à la fois à un élargissement des périmètres et à une intégration plus forte. Ils sont, enfin, pas moins de 81% à considérer que les schémas de mutualisation de services entre communes et communautés, qui doivent être généralisés à partir de 2014, seront « une opportunité pour avancer ».

Alors, lorsqu’ils ont entendu le ministre déclarer que plusieurs dispositions pourraient être assouplies (au-delà du calendrier, même le seuil des 5.000 habitants serait finalement « un objectif, qui pourrait ne pas être atteint pour certains cas particuliers ») et qu’il « ne faut pas hésiter à revenir sur des projets lorsqu’on est allé trop loin en termes de gigantisme »… Certains élus ont été rassurés. Mais d’autres espèrent que la frilosité ne finira pas, çà et là, par l’emporter. Or, avait d’emblée déclaré Daniel Delaveau, le but du jeu, ce n’est pas « une communauté réduite aux acquêts ».

Réforme des collectivités : un avenir sombre pour les syndicats

L’étude d’impact du projet de loi le laissait déjà présager : ” les groupements à fiscalité propre sont [...] venus se superposer aux syndicats dont ils avaient vocation à reprendre les compétences. Le projet de loi entend donner les moyens aux préfets de réduire fortement le nombre de syndicats [...]“.
La loi portant réforme des collectivités n’a fait que confirmer cette tendance.

Syndicats : une création fortement conditionnée

La loi n°2010-1563 crée un article L.5111-6 du CGCT qui met le pouvoir de création de nouveaux syndicats dans les mains du préfet :
” La création d’un syndicat de communes [...] ou d’un syndicat mixte [...] ne peut être autorisée par le représentant de l’Etat dans le département que si elle est compatible avec le schéma départemental de coopération intercommunale [...] ou avec les orientations en matière de rationalisation [...] “.

Avec le même objectif, l’article L.5721-2 du CGCT, relatif aux syndicats mixtes dits ouverts, a été modifié afin de donner un pouvoir important au préfet. La nouvelle rédaction lui laisse une marge de manoeuvre importante en le laissant libre de créer ou non un syndicat :
” La création du syndicat mixte peut être autorisée par arrêté du représentant de l’Etat dans le département siège du syndicat “, alors que l’ancienne version de cet article disposait que ” la création du syndicat mixte est autorisée par arrêté du représentant de l’Etat dans le département siège du syndicat “.

Syndicats : une suppression facilitée

La fusion de syndicats (article L.5212-27 du CGCT) :
Des syndicats de communes et des syndicats mixtes peuvent être autorisés à fusionner. L’initiative appartient soit aux membres des syndicats, aux comités syndicaux, au préfet ou à la CDCI. Le projet de fusion, arrêté par le préfet, dresse la liste des syndicats intéressés après consultation :
- des syndicats concernés, leur avis étant réputé favorable s’il n’intervient pas trois mois après la notification du projet d’arrêté.
- des organes délibérants des membres des syndicats. Cet accord doit être exprimé par les deux tiers au moins des organes délibérants des communes ou des EPCI membres des syndicats inclus dans le projet de périmètre représentant plus de la moitié de la population totale de ceux-ci, ou l’inverse.
L’établissement public issu de la fusion sera soit un syndicat de communes lorsqu’il résulte de la fusion exclusive de syndicats de communes, soit, dans le cas contraire, un syndicat mixte.

La procédure de substitution des communautés de communes aux syndicats (article L.5214-21 du CGCT) :
” la communauté de communes dont le périmètre est identique à celui d’un syndicat de communes ou d’un syndicat mixte est substituée de plein droit à ce syndicat de communes ou à ce syndicat mixte pour la totalité des compétences qu’ils exercent.
La communauté de communes est également substituée de plein droit, pour les compétences qu’elle exerce ou vient à exercer, au syndicat de communes ou au syndicat mixte inclus en totalité dans son périmètre [...] “

La dissolution de plein droit des syndicats (articles L.5212-33 et L.5721-7du CGCT) :
Les syndicats de communes et les syndicats mixtes sont dissous de plein droit lorsqu’ils ont transféré l’intégralité de leurs compétences à un EPCI à fiscalité propre ou à un syndicat mixte ou qu’ils ne comptent plus qu’un seul membre.

Syndicats : des pouvoirs importants dans les mains des préfets de département

Dès la publication du schéma départemental de coopération intercommunale [...] ou au plus tard à compter du 1er janvier 2012, le représentant de l’Etat dans le département propose, jusqu’au 31 décembre 2012 [...] la dissolution [la modification de périmètre ou la fusion] de tout syndicat de communes ou syndicat mixte prévu à l’article L. 5711-1 [du code général des collectivités territoriales] .
A défaut de schéma adopté [...] et sous réserve du respect des objectifs mentionnés au II de l’article L. 5210-1-1 du même code et de la prise en compte des orientations définies au III de ce même article, il peut proposer la dissolution de tout syndicat de communes ou syndicat mixte prévu à l’article L. 5711-1 du même code.
Il peut également proposer une dissolution ne figurant pas dans le schéma, sous la même réserve, après avis de la commission départementale de la coopération intercommunale [...] “
(article 61 de la loi du 16/12/2010).

Dans toutes ces hypothèses est prévue une procédure de consultation préalable :

La dissolution :
- avis du comité syndical
- accord de la “ moitié au moins des organes délibérants des membres du syndicat, représentant la moitié au moins de la population totale de ceux-ci, y compris le conseil municipal de la commune dont la population est la plus nombreuse si cette dernière représente au moins le tiers de la population totale “. A défaut d’accord, le préfet peut, jusqu’au 1er juin 2013, par décision motivée, après avis de la CDCI, dissoudre le syndicat.

La modification de périmètre :
- avis du comité syndical
- avis de chaque organe délibérant d’EPCI et de commune incluse dans le périmètre
- accord des communes déjà membres dans les conditions de majorité définies pour la dissolution. A défaut d’accord, le préfet peut, jusqu’au 1er juin 2013, par décision motivée, après avis de la CDCI, dissoudre le syndicat.

La fusion :
- avis du comité syndical
- accord des organes délibérants des EPCI et communes membres dans les conditions de majorité requises pour la dissolution. A défaut d’accord, le préfet peut, jusqu’au 1er juin 2013, par décision motivée, après avis de la CDCI, dissoudre le syndicat.

Syndicats : réduction et rationalisation expresses

Ces nouveaux outils seront probablement rapidement mis en oeuvre, la circulaire du 27 décembre 2010 (voir article du 5 janvier 2011) demandant aux préfets ” la réduction très significative du nombre de syndicats de communes et de syndicats mixtes “.
A suivre…

Jean-Pierre Soubie à la tête de Gironde habitat

Politique Le maire de Tresses, est le nouveau patron de l’office public

« Sud Ouest ». Depuis le 22 juin, vous avez repris la présidence de Gironde habitat, office public de l’habitat.

Jean-Pierre Soubie. Yves Lecaudey, vice-président du Conseil général en charge des finances, m’a demandé de prendre la relève. Il reste vice-président de façon à assurer une bonne transition. Et en mars prochain, il arrêtera son mandat de conseiller général.

Gironde Habitat est un outil phare du Département. Vous voilà investi d’une mission de confiance…

C’est un organisme que je connais bien pour y avoir été vice-président pendant cinq ans. C’est un organisme pivot qui a de belles choses à accomplir.

Justement, quelles orientations comptez-vous donner à cet OPH en tant que président ?

Il y a encore beaucoup de pédagogie à faire auprès des maires. Je vais continuer à leur expliquer comment cet organisme peut se mettre à leur disposition pour réaliser une opération d’urbanisme. Les communes de plus de 3 500 habitants ne sont pas toutes, comme l’exige la loi SRU, à 20 % de logement social. Nous devons les y accompagner.

En prenant la commune de Tresses comme exemple ?

Sur Tresses, nous avons un programme de développement sur douze ans avec Gironde Habitat et Aquitanis. Nous allons faire à la fois du logement social et de l’accession à la propriété. Ça permet la mixité. Et je tiens à cette idée. Certains maires de petites communes sont encore réticents à faire du logement social.

Comptez-vous inscrire à votre actif le retour à une équation plus équilibrée entre l’offre et la demande dans le département ?

Nous verrons bien! Je sais juste qu’on est en retard et qu’il y a une demande très importante à laquelle il faut essayer de répondre au mieux. Celle des jeunes, des personnes âgées et des personnes en procédure de divorce. Cette demande explose.

Un élu « rural » remplace un autre « rural »…

Et je continuerai ce qu’a fait Yves Lecaudey qui s’est beaucoup investi dans Gironde Habitat. Nous nous concentrerons sur la construction de logements sociaux joints à des accessions à la propriété. Et si possible, sortis de terre en même temps. Car à Artigues, l’arrivée soudaine de logements sociaux a fait sortir les banderoles de contestation.

Votre CV s’épaissit…

Un peu, un peu. Mais je n’ai pas demandé à prendre la présidence. Et par ailleurs, ici, comme à la Communauté de communes, je ne touche aucune indemnité.

Et la suite de votre carrière ?

On verra. Je suis maire, conseiller général, président de la Communauté de communes des Coteaux bordelais, de Gironde Habitat, ça me suffit pour l’instant. Mon agenda est déjà bien chargé.

Mais vous êtes en bonne posture pour prendre la suite de Philippe Madrelle…

Non, je ne suis pas candidat. Il y a des bruits qui courent mais je peux vous dire que ce n’est pas demain qu’il va raccrocher. Il se porte bien. Chacun se voit pousser des ailes. Moi, pas du tout. Et puis, je suis aussi viticulteur avant ma journée d’homme public…

article du journal Sud-Ouest

Réforme Territoriale : Le Parti de Gauche monte au créneau

Ci-dessous, l’intervention de Marc Dolez (Parti de Gauche – exPS), le 18 février à la tribune de l’Assemblée Nationale, pour dénoncer la réforme territoriale voulue par le gouvernement.

Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, mes chers collègues, le débat sur les collectivités territoriales n’est pas simplement un débat technique qui n’intéresserait ou ne concernerait que les élus, comme on essaie trop souvent de nous le faire croire.

Dans la perspective de la réforme territoriale du Gouvernement, nous pensons au contraire qu’il s’agit d’un débat éminemment politique – probablement l’un des plus importants de la législaturedont les enjeux sont d’une exceptionnelle gravité.

Sous couvert de procéder à des allégements, à des clarifications, à des simplifications, votre réforme des collectivités territoriales, monsieur le secrétaire d’État, s’attaque aux fondements mêmes de l’organisation républicaine de notre pays, une organisation héritée de la Révolution française et de notre histoire démocratique. Il s’agit en fait d’une offensive sans précédent contre le système français de protection collective et de solidarité républicaine.

Le Gouvernement invoque régulièrement le millefeuille administratif, présentation inexacte et trompeuse. Dans notre organisation territoriale, qui comporte essentiellement six niveaux – communes, regroupements de communes, départements, régions, nation, Europe – le triptyque communes-départements-État est historique, comme l’a brillamment démontré Anicet Le Pors dans un article paru au mois de décembre dernier : il structure politiquement le pays tandis que le triptyque regroupements de communes-régions-Europe est à dominante économique.

Le politique devrait prévaloir sur l’économique.

Mais c’est le choix inverse qu’ont fait le Président de la République et le Gouvernement. Régions et intercommunalités deviennent, avec votre projet, les échelons privilégiés car ils correspondent le mieux à la vision économique libérale, à une mise en concurrence conforme aux dogmes qui guident l’Union européenne.

L’objectif réel de la réforme, comme l’avoue sans détour Nicolas Sarkozy, est « d’adapter notre territoire aux réalités de la mondialisation et de l’économie contemporaine ».

Pour notre part, nous défendons l’axe communes-départements-État parce qu’il privilégie le rapport de proximité avec les citoyens et la mise en œuvre d’un système de solidarité républicaine et collective au plus près des habitants. Il nous semble toujours le plus adapté aux besoins actuels.

Nous nous opposons totalement à l’objectif de réduire le nombre de communes, lesquelles doivent rester l’échelon de base de l’action publique. Jaurès, qui était aussi un exceptionnel historien de la Révolution française, disait que le principal apport de la Révolution était probablement l’instauration des 44 000 communes démocratiques – il en reste aujourd’hui 36 000 -, instauration qui a « mis en mouvement, en vibration, toutes les cellules, toutes les fibres de l’organisme social ».

Nous sommes pour notre part fermement attachés aux principes constitutionnels de libre administration des communes et de non-tutelle d’une collectivité sur une autre, desquels découle la notion intangible d’intercommunalité de projet. La loi du 12 juillet 1999 l’avait d’ailleurs clairement affirmé : aux termes de l’article L. 5210-1 du code général des collectivités territoriales, les groupements de communes se fondent sur la « libre volonté des communes d’élaborer des projets communs de développement au sein de périmètres de solidarité ».

Ces principes s’opposent à l’intercommunalité forcée que, quoi qu’il en dise, le Gouvernement veut instituer, conformément aux recommandations du rapport Balladur et aux déclarations mêmes du Président de la République, qui, le 20 octobre 2009, affirmait : « Il y a trop de structures communales, il faut supprimer les syndicats inutiles, réduire le nombre de structures ». Si l’objectif est parfaitement clair, la méthode, elle, est plus insidieuse car nos collectivités territoriales ne peuvent être explicitement supprimées d’un trait de plume.

Sous couvert de renforcement et de généralisation des différentes formes d’intercommunalité et d’interterritorialité, c’est en réalité une nouvelle architecture qui se profile. Vont en effet se côtoyer nos collectivités actuelles, appelées à terme à disparaître puisqu’elles seront transformées en coquille vide et seront asphyxiées financièrement, et de nouvelles institutions, plus intégrées, qui seront les futures collectivités. Comment lire autrement la proposition de créer des communes nouvelles, ne regroupant pas moins de 5 000 habitants, ou de créer des métropoles d’au moins 450 000 habitants, qui entraîneront rapidement et immanquablement une profonde déstabilisation des départements ?

Quatre principes au moins nous semblent caractériser cette machine infernale qu’engendreront les différents textes concourant à la réforme territoriale que vous vous apprêtez à déposer :
- D’abord, une régression démocratique avec l’affaiblissement de la démocratie locale et l’éloignement des centres de décision ;
- Ensuite, une centralisation que je qualifierai volontiers de féodale, symbolisée par les pouvoirs coercitifs donnés aux préfets en matière d’intercommunalité ;
- Par ailleurs, la limitation de l’intervention publique sous l’effet conjoint de la suppression de la clause générale de compétence et de l’assèchement des ressources financières des collectivités territoriales, déjà bien entamé avec la suppression de la taxe professionnelle ;
- Enfin, une mise en concurrence exacerbée des territoires qui creusera encore un peu plus les inégalités entre eux.

Cet affaiblissement des compétences et de la démocratie locale ne profite pas pour autant aux administrations déconcentrées de l’État, affaiblies elles aussi par la révision générale des politiques publiques, la RGPP, qui entraîne une réduction des effectifs et des moyens. On ne peut pas analyser votre projet de réforme territoriale sans mettre en parallèle la réforme de l’État déjà engagée avec cette RGPP.

Ce double affaiblissement aura notamment pour conséquence de réduire les services publics relevant soit des collectivités territoriales, soit de l’État. Dans le même temps, il ouvre largement le champ au secteur privé pour occuper les espaces abandonnés par la responsabilité publique.

Toutes ces conséquences dessinent ainsi, non une réforme qui servirait l’intérêt général, mais bien ce que d’aucuns appellent, à juste titre, une contre-révolution au service des grandes puissances économiques. Cette réforme, combinée avec la RGPP, porte en germe la remise en cause du principe fondamental d’égalité républicaine : la destruction de l’égalité des citoyens devant l’impôt et les services publics.

Avant de conclure, et après avoir dénoncé ce que je crois être la philosophie de cette réforme territoriale, j’évoquerai plus particulièrement le mode de scrutin que vous avez retenu pour le moment, pour la désignation des conseillers territoriaux.

Il y aurait, à l’évidence, beaucoup de choses à dire sur l’instauration de ces conseillers territoriaux, sur le mode de scrutin utilisé, qui va combiner un scrutin uninominal majoritaire à un tour avec une pincée de proportionnelle, et sur sa constitutionnalité. Je veux mettre en garde le Gouvernement contre cette idée un peu folle qui consiste à introduire dans notre République le mode de scrutin à un tour qui existe par exemple en Grande-Bretagne.

Ce mode de scrutin, totalement inédit et étranger à notre tradition républicaine, risque de menacer sérieusement notre pluralisme politique, le multipartisme qui structure la vie politique française depuis près de deux siècles.

Évidemment, ce mode de scrutin n’est pas dénué d’arrière-pensées électorales à court ou moyen terme pour ceux qui le promeuvent. Au-delà, il tend à imposer dans ce pays qui n’en veut pas le bipartisme et à rayer les petits partis politiques de la carte. Notre démocratie ne peut en sortir qu’en lambeaux. Aussi, je demande au Gouvernement de bien réfléchir avant de persister dans cette voie mortifère pour la démocratie et la République.

Monsieur le secrétaire d’État, vous le savez, les députés du groupe de la Gauche démocrate et républicaine sont résolument opposés à ce projet de réforme territoriale qui touche aux fondements même de nos institutions, de notre démocratie et de la République. Compte tenu de la gravité de ces attaques, de leurs conséquences pour la République et l’ensemble de nos concitoyens, le mieux serait de retirer le projet. Mais comme je n’ai pas le sentiment que ce soit dans vos intentions, je suggère au Gouvernement de réfléchir au fait qu’il n’y a guère que le peuple qui pourrait décider de ces nouvelles orientations.

Monsieur le secrétaire d’État, organisez un référendum sur cette question et donnez la parole au peuple !