Droits de mutation « divisés par deux » : la méthode Sarkozy
Mardi 27 mars 2012Le président-candidat Nicolas Sarkozy a annoncé le 18 mars 2012 dans l’émission « Capital » sur M6 vouloir « diminuer profondément » les droits de mutation à titre onéreux (DMTO) perçus par les départements et les communes… La baisse serait compensée, selon lui, par la hausse des transactions provoquées par cette mesure et les effets de la majoration, déjà votée, des droits à construire de 30%.
Le candidat de l’UMP souhaite « diviser par deux » le montant de ces droits d’enregistrement ou de publicité foncière. En 2011, ce sont 8,6 milliards d’euros qui devraient être perçus par les départements et 2,5 milliards par les communes. Sur les 8, 6 milliards, 578 millions passeront par un fonds de péréquation, dont une partie sera mise en réserve pour le première fois en 2012, instauré par la loi de finances pour 2010.
Un niveau record (dû notamment à un transfert supplémentaire de DMTO de l’Etat dans le cadre de la suppression de la taxe professionnelle), après un sérieux trou d’air en 2009 (moins 26,4 %, en baisse de 2 milliards par rapport à 2008 pour les départements) et un regain en 2010 (plus 35 %, plus 1,8 milliard toujours pour les départements).
Ces droits représentent selon les années plus ou moins 20% des ressources fiscales des départements.
Selon des précisions données par l’entourage de Nicolas Sarkozy après l’émission, sa proposition concerne en fait les ménages qui achètent une résidence principale construite depuis plus de cinq ans, et non les entreprises. Son équipe de campagne estime à 2 ou 3 milliards d’euros la baisse des DMTO que cela provoquerait.
Un montant difficilement vérifiable car le détail des sommes payées à ce titre n’est connu que de l’administration fiscale.
Il y a chaque année environ 300.000 mutations, sur lesquelles particuliers et entreprises payent 3,8% qui vont aux départements (les départements peuvent fixer un taux entre 1,2 et 3,8 %, mais selon la DGCL la quasi-totalité d’entre eux applique toutefois aujourd’hui le taux maximal) et 1,2 % aux communes ou à leurs groupements.
Cette ressource est critiquée, car elle est à la fois volatile et inégalement répartie sur le territoire.
Pas de compensation
A l’Assemblée des départements de France (ADF), la proposition du candidat UMP n’est pas accueillie favorablement. Tout d’abord car celui-ci ne veut pas compenser cette perte alors même que cette recette a été transférées par l’Etat en 1983 lors de la première vague de décentralisation pour compenser des transferts de compétences – notamment la construction et l’entretien des collèges -, puis lors de la suppression de la taxe professionnelle pour assurer l’équilibre de la réforme.
Dans l’entourage du candidat, on explique que deux éléments devraient mécaniquement maintenir le niveau des DMTO: la majoration des droits à construire de 30 % votée en février 2012 par le Parlement et celle des transactions du fait de la baisse du montant de ces droits.
Nicolas Sarkozy justifie sa proposition par le fait de vouloir faciliter la mobilité professionnelle des ménages. « La mesure n’est pas plus justifiée économiquement que le remplacement de la TP », estime toutefois le directeur général de l’ADF, Jean-Christophe Moraud.
De plus, l’équipe de campagne précise « qu’il n’est pas normal d’avoir un impôt assis sur une bulle immobilière », considérant que les ressources des collectivités en la matière augmente du fait de la bulle immobilière et non du fait du nombre de mutations.
Autonomie financière
« En 1999, le ministre de l’Economie et des Finances, Dominique Strauss-Kahn, avait baissé de manière significative le taux des DMTO », se rappelle Jean-Christophe Moraud. « Cela avait coûté 1,9 milliard que l’Etat avait compensé. Bien que la conjoncture était différente, la mesure avait eu bien peu d’effet, les promoteurs ayant intégré cette évolution dans leurs marges. »
Même son de cloche à la mairie de Paris : « Ce type d’aide ne favorise pas l’accession car la baisse est répercutée sur les prix et ne bénéficient donc pas aux acheteurs, au contraire, elle encourage la rente. »
Quant au maintien du niveau des DMTO du fait notamment de la hausse de 30% de la constructibilité, la ville rappelle que cette mesure ne fonctionnera pas à Paris du fait des règles d’urbanisme.
Nicolas Sarkozy avait semblé effaré sur M6 que la capitale ait perçu1 milliard d’euros en DMTO len 2011. Un chiffre presque juste, puisqu’elle a reçu 971 millions d’euros, après reversement d’environ 50 millions au fonds de péréquation, mais qui ne doit pas faire oublier la spécificité de la collectivité à la fois département et commune… raison pour laquelle elle obtient un peu plus de 670 millions au premier chef et moins de 300 millions au second.
Si l’ADF préférerait bénéficier d’une ressource plus stable que les DMTO, elle n’est n’est pas prête à faire simplement une croix dessus. Son directeur général prévient que si la mesure n’était pas compensée, il s’agirait d’une atteinte à la libre administration et à l’autonomie financière des collectivités garantie par la Constitution.
> Code général des impôts
- DMTO des départements : articles 1 594 A et suivants du code général des împôts
- DMTO des communes : articles 1 584 et 1 595 bis du CGI
R. Richard – La Gazette.fr
