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Les banques voient rouge

Jeudi 23 février 2012

DEXIA – Du jamais vu pour un établissement financier français…

Colossal. La banque franco-belge Dexia a publié jeudi une perte de 11,6 milliards d’euros en 2011, un record dans l’histoire des banques françaises. Elle s’explique  par le démantèlement engagé en octobre après un nouveau sauvetage de l’établissement.

La perte est colossale mais reste à distance respectable des références en la matière, toutes entreprises françaises confondues, à savoir France Télécom et Vivendi, qui avaient perdu respectivement 20,7 et 23,3 milliards d’euros en 2002, mais pour des raisons totalement différentes.

L’exposition à la Grèce a coûté 3,4 milliards d’euros

La cession de Dexia Banque Belgique, la banque de détail en Belgique, a notamment coûté 4 milliards d’euros de moins-value, tandis que les provisions sur l’exposition à la Grèce ont pesé 3,4 milliards.

Quant à la cession de l’activité de prêts aux collectivités en France, deuxième grand volet du plan de démantèlement validé début février, elle coûte 984 millions de moins-value supplémentaire.

Plus tôt dans l’année, la banque avait tenté d’accélérer son programme de cessions de portefeuilles pour solder une partie de ses errements passés, avec à la clef, une charge exceptionnelle de 2,6 milliards.

Cela ne l’aura pas empêché de solliciter une nouvelle fois la protection des Etats belge, français et luxembourgeois, étranglée par les conséquences de la crise de la dette en zone euro.

Garantie de 90 milliards d’euros

Pour lui permettre de mener à bien son démantèlement, les trois Etats ont validé le principe d’une garantie de 90 milliards d’euros sur ses emprunts.

La France a également garanti une partie des pertes que pourrait encourir la filiale portant les prêts consentis aux collectivités françaises et entrera même indirectement à son capital.

La banque avait déjà perdu 3,3 milliards d’euros en 2008, année de son premier sauvetage par les Etats français, belge et luxembourgeois alors qu’elle ne parvenait plus à emprunter sur les marchés, situation similaire à celle qui a causé sa perte cet automne.

Trop forte dépendance aux marchés

Plombée par sa trop forte dépendance aux marchés pour se financer ainsi que par un portefeuille d’obligations gigantesque qui comprenait une importante exposition à la Grèce, Dexia a vu plusieurs de ses contreparties (établissements qui lui prêtaient de l’argent) se détourner d’elle à la fin de l’été 2011.

Acculé, le groupe a dû massivement faire appel aux banques centrales pour survivre, augmentant ses emprunts auprès de ces institutions de 17 milliards d’euros entre fin juin et fin décembre 2011, notamment via une facilité d’urgence (ELA).

A la fin de l’année, le montant de ses emprunts auprès des banques centrales atteignait 31 milliards d’euros, selon le communiqué publié jeudi. Le groupe « s’efforcera de réduire ce montant », en fonction de sa capacité à émettre de la dette sur les marchés grâce à la garantie des Etats, précise-t-il. source

Crédit Agricole SA plonge dans le rouge pour la première fois depuis sa cotation

La structure cotée du groupe Crédit Agricole, créée en 2001, a plongé pour la première fois dans le rouge l’an dernier avec une perte de 1,4 milliard d’euros. La Grèce pèse à elle seule 2,4 milliards.

Même si Crédit Agricole SA qui publie ce jeudi ses résultats 2011 avait prévenu dès la mi-décembre que ses résultats seraient dans le rouge, la nouvelle a quand même surpris les marchés. La crise grecque et le plan d’adaptation des activités ont lourdement pesé. L’entité qui consolide 25 % des caisses régionales ainsi que les métiers de banque de financement et d’investissement, la gestion d’actif ou l’assurance, enregistre une perte annuelle de 1,47 milliard d’euros. La première perte depuis sa cotation en 2001. Sur les neuf premiers mois de 2011, les résultats étaient encore positifs de 1,6 milliard d’euros.

Vers 10h, le titre Crédit Agricole SA reculait de 2,22 % à 4,90 euros.

A l’instar de ses concurrents Société Générale et BNP Paribas, la banque avait annoncé mi-décembre un plan d’adaptation pour rassurer les marchés sur sa solidité financière. Elle s’est engagée à réduire sa dette de 50 milliards d’euros et à supprimer 2.350 postes avant la fin 2012.

Le groupe dans son ensemble (qui comprend 100 % des caisses régionales) préserve cependant un résultat positif de 812 millions d’euros en 2011. En décembre, Jean-Paul Chifflet, le directeur général, avait parlé d’un résultat proche de 1 milliard. Sur le seul quatrième trimestre il est négatif de 2,5 milliards d’euros.

Propriétaire depuis 2006 de la banque grecque Emporiki, le groupe français doit assumer un impact de près de 2,4 milliards d’euros sur ses résultats liés à la Grèce. Comme ses concurrents, il a relevé la décote appliquée à la dette souveraine de 60 % en octobre à 74 %. Sa filiale a en outre été durement impactée par la dégradation de la conjoncture du pays, plombant le pôle de banque de proximité à l’international. Celui-ci est en perte de 1,5 milliard d’euros.

La banque tente depuis plusieurs mois de redresser sa filiale. Cette dernière aurait ainsi supprimé 610 postes en 2011 dont 454 sur le seul quatrième trimestre.

Des dépréciations de 2,5 milliards d’euros

En raison de la dégradation des marchés, Crédit Agricole SA a aussi confirmé sa décision annoncée en décembre de passer des dépréciations sur ses participations bancaires (BES et Bankinter) ou des dépréciations techniques sur l’Italie et l’Ukraine.Elles coûtent au total 2,5 milliards d’euros.

La banque de financement et d’investissement (BFI), affectée par le plan d’adaptation, est en perte de 1,24 milliard au quatrième trimestre et de 147 millions sur l’année. Le plan d’adaptation qui comprend 1.750 suppressions d’emplois dans la BFI pèse pour 1,4 milliard d’euros. Et ce sont les activités de marchés et d’investissement qui sont les plus touchées avec une perte sur le quatrième trimestre de 1,1 milliard d’euros.

La banque de détail en France montre par contre sa résistance. Les caisses régionales ont apporté 1 milliard de bénéfices à Casa, « un niveau record » (+5.4 %). Le coût du risque a diminué de plus d’un quart entre 2010 et 2011. Quant à LCL, il affiche sur l’année 675 millions d’euros de résultat net, stable par rapport à 2010.

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Touché par des financements en baisse, le monde associatif lance sa campagne

Samedi 28 janvier 2012

La Conférence permanente des coordinations associatives lance une double campagne en direction des politiques et du grand public. Ceci après avoir publié les résultats d’une enquête confirmant une baisse des financements publics, dont ceux de certaines collectivités… et mettant en exergue la menace que représenterait pour beaucoup d’associations le recours croissant des collectivités aux marchés publics.

« Quelle société voulons-nous pour demain ? », a lancé le 25 janvier André Leclercq, président de la Conférence permanente des coordinations associatives (CPCA), lors de la présentation de sa double campagne, en direction, d’une part, des acteurs politiques à la veille des échéances électorales, présidentielles et législatives, et d’autre part, du grand public. « Dans une société brutalisée par la crise, nous, acteurs associatifs, citoyennes et citoyens engagé-e-s [sic], souhaitons rappeler que les associations sont le ferment indispensable d’une société démocratique et solidaire. Les projets associatifs, à tous les niveaux des territoires, sont essentiels à la vie quotidienne de nos concitoyens. » Le ton est donné, la CPCA, qui regroupe 16 coordinations nationales représentant plus de 600.000 associations, souhaite marquer les esprits avec des actions de communication pour rendre plus visibles ces associations. Et de rappeler que trois Français sur quatre sont concernés par les associations qui sont, en France, au nombre de 1,3 million. Quelques chiffres encore : on dénombre 16 millions de bénévoles, 220.000 associations emploient près de 1,8 million de salariés, les associations représentent 80% des emplois de l’économie sociale et solidaire et leur budget pèse 70 milliards d’euros, soit 3,5% du PIB.

Logo, site web, rencontre avec les candidats…

En déclinaison de cette nouvelle campagne, la CPCA propose différents supports. Elle a décidé de créer, à destination des associations, un logo unique avec comme nom « Associations, reconnues d’intérêt citoyen depuis 1901″. Logo qui « rappelle deux points communs : la loi de 1901 et l’intérêt qu’elle représente pour la société », a expliqué Jonathan Debauve, chargé de communication de la CPCA. Une série de trois affiches sera disponible afin de mieux faire connaître aux Français ce que représente le secteur associatif. A partir du 27 janvier, le site web www.depuis1901.fr présente au grand public l’appel des associations « démocratie, initiative, solidarité ».  Le site détaille également les « 12 propositions pour une politique de développement de la vie associative », auxquelles six candidats à l’élection présidentielle pourront répondre le samedi 30 mars 2012 à Saint-Denis, « lieu symbolique du travail des associations sur le terrain ». Les candidats pourront à tour de rôle « développer leur vision du dialogue des pouvoirs publics avec les associations ». L’objectif est donc d’obtenir des réponses des politiques à des questions essentielles et concrètes, a résumé Jonathan Debauve : « Si vous êtes élus, comment allez-vous dialoguer avec les associations ? Les associations vont-elles pâtir de la crise ? Que va devenir le bénévolat ? Etc. » La campagne de la CPCA sera aussi relayée sur les réseaux sociaux, Facebook, Twitter et Dailymotion.

Catherine Ficat

Les associations face à la baisse des financements… et au carcan des marchés publics
Quelques jours avant le lancement de sa double campagne, la CPCA, associée pour l’occasion à France active, rendait publics les résultats d’une enquête nationale sur le financement des associations menée avec l’appui du CNRS auprès de 877 responsables associatifs. Avec une grande question toute trouvée… « Associations, comment faites-vous face à la crise ? »
Le constat est clair : les financements publics – qui représentaient en moyenne 57% de leur budget – ont globalement baissé sur les deux dernières années. « 69% des associations interrogées indiquent qu’au moins un de leur financeur a baissé sa contribution de façon significative », indique en effet l’étude. Mais tous les financeurs ne sont pas à loger à la même enseigne : si la baisse de soutien de l’Etat est citée par 59% des responsables associatifs, les collectivités sont moins souvent mises en cause. En tout cas le bloc local. Des baisses sont évoquées dans 41% des cas pour les régions, 39% pour les départements et seulement 25% pour les communes. Avec, forcément, des écarts selon les secteurs d’activité des associations – et avec certains recentrages « en fonction des priorités ou des domaines de compétences de chaque niveau de collectivités locales » (tendance, par exemple, des régions à se désengager des associations oeuvrant dans le champ du social). Heureusement, les conventions pluriannuelles d’objectifs (CPO) sont parfois là pour assurer une certaine stabilité. Un tiers des associations bénéficient ainsi de CPO avec les communes, les intercommunalités et/ou les départements. Un quart d’entre elles en ont signé avec une région.
L’enquête s’intéresse aussi au recours visiblement croissant des financeurs aux marchés publics, décrit par la CPCA et France active comme « un frein à l’initiative associative, souvent par méconnaissance de la réglementation européenne ». On saura que « plus de 21% des associations ont conclu au moins un marché public, avec les communes et intercommunalités (46%), les départements (35%), les régions (25%), l’Etat (21%) ou d’autres organismes publics (28%). Un recours qui varie forcément en fonction de la taille de l’association et de son champ d’intervention.
Au total, 45% des associations interrogées évoquent des difficultés de trésorerie. Quant aux relations avec les banques, elles semblent finalement plutôt bonnes, sachant que seules 42% des associations ont eu recours à un emprunt bancaire pour financer leurs investissements.
Face à ces divers chiffres et enseignements, France active et la CPCA détaillent une série de propositions et demandes. A commencer par « le maintien des financements publics, garants de l’intérêt général ». En ajoutant qu’il « conviendrait de prévoir dès aujourd’hui les cadres d’une péréquation qui viendrait compenser les inégalités territoriales induites par les désengagements de l’Etat au profit des collectivités locales ». Les initiateurs de l’enquête souhaitent en outre que soient privilégiés « les modes de contractualisation permettant un financement partenarial, pluriannuel et respectueux de l’initiative associative ». Autrement dit, que les financeurs publics limitent « le recours au marché public, qui ne se justifie pas toujours ». France active et la CPCA craignent en effet que la logique de la commande publique entraîne carrément « la disparition » des moyennes et petites associations non rattachées à des réseaux, « dénature la spécificité des associations », les « déstabilise » et aboutisse parfois à une « appropriation » par les collectivités locales du savoir-faire associatif. Mieux vaudrait privilégier les CPO « euro-compatibles » et favoriser, « en complément de la subvention, l’appel à projets sous réserve d’un cadre juridique respectueux de la production d’innovation ». Ce qui, précise le recueil de propositions, implique plusieurs mesures : simplification du modèle de CPO annexé à la fameuse circulaire Fillon du 18 janvier 2010, mieux informer collectivités et associations sur ces CPO mais aussi sur la notion d’ »acte de mandatement »…

Claire Mallet

Perte du triple A pour l’Etat, triple crise pour les collectivités locales

Jeudi 19 janvier 2012

On voyait la catastrophe venir. Maintenant, c’est officiel : avec la perte programmée du « triple A » de la France, les collectivités devraient voir par contrecoup leurs conditions d’emprunt se dégrader. D’autant que cette situation se conjugue à une triple crise qui impacte les budgets locaux.

Première crise, de confiance, liée au non-respect de la parole donnée de l’Etat dans l’application de son pacte passé avec les territoires. Pour quelles raisons ? Parce que la dette nationale, contrepartie des déficits publics, est passée ces cinq dernières années de 1 200 à 1 700 milliards d’euros pour atteindre aujourd’hui 85 % du PIB. Responsable essentiel de cette tendance : l’Etat, confirme la Cour des comptes. Par ses décisions d’allègements fiscaux prises, dès la fin des années 1990, le mouvement s’est accéléré sous les gouvernements Fillon.

Ce faisant, Bercy fait payer le prix fort de ces turpitudes aux territoires en revenant systématiquement sur le pacte financier qui le lie au monde local. Comment ? En comprimant le volant local de ses dépenses, soit 20 % de son budget composé de dotations et autres subventions aux collectivités. Un peu plus chaque année, les termes du « Pacte de stabilité » qui régule les relations de l’Etat central avec le secteur local sont revus systématiquement en défaveur des territoires. Il s’agit d’un contrat de dupe en réalité et ce, depuis qu’il a été crée au milieu des années 1990 pour donner un cadre stable aux budgets locaux. Aucun gouvernement n’a souhaité y insuffler la nécessaire pérennité attachée à une bonne gouvernance.

Contraint de limiter la casse de ses propres déficits, le pouvoir central s’est donc retourné vers un coupable idéal, dénoncé à coups de communication présidentielle, en fermant le robinet des « concours » étatiques nécessaires à leur fonctionnement. Il exerce par ce biais un certain nombre de contraintes sur les budgets locaux. Qu’elles soient directes sous l’effet de l’application de la norme « 0 valeur » appliquée y compris à ces transferts vers les collectivités ou indirectes, par le biais des réformes territoriales et leur volet fiscal.

En 2011, l’effort de « redressement des comptes publics » a ainsi été décliné pour les territoires dans les deux derniers plans de rigueur :

- Celui du 24 août : par la participation des collectivités à hauteur de 20 % du milliard d’euro de dépenses publiques gelé par l’Etat, avant même le dépôt du projet de loi de finances 2012 ;

- Celui du 7 novembre par la hausse du taux dit réduit de la TVA de 5,5 % à 7 % sur certaines des services des collectivités.

Seconde crise qui affecte le monde local, celle du système financier et de ses déclinaisons locales.

Alors qu’en juillet 2011, Dexia, première banque des collectivités, passait avec succès les « stress-tests », cet établissement annonçait le mois suivant un retour aux bénéfices avant de se retirer définitivement du marché. Promis au découpage entre la Caisse des dépôts et la Banque postale, Dexia est l’histoire d’un modèle économique intenable, vanté plus d’une décennie, mis sous la perfusion de la vente des « prêts toxiques » à fortes marges et qui termine au désastre.

Aujourd’hui, l’ex-premier banquier des collectivités laisse les élus en plan. L’inquiétude sur la disparition de ce major des financements locaux ajoutée à la nouvelle réglementation dite Bâle III devraient rendre plus difficiles encore les conditions d’accès aux financements destinés aux territoires. Cela alimente le projet de création d’une banque publique portée par les principales associations d’élus mais il prendra du temps. Ironie de l’histoire, il aura fallu un petit quart de siècle pour remettre au goût du jour l’idée d’une Caisse des collectivités, éteinte en 1982, à la naissance du Crédit local de France, l’ancêtre de Dexia.

Quels sont les comportements adoptés par les collectivités dans cet environnement hostile ? Contre vents et marées et à rebours d’une réputation dispendieuse, elles ont continué à privilégier l’investissement. Cela a été encore le cas en 2010, avec une croissance de près de 3 % pour atteindre 51,9 milliards soit les trois quarts de l’investissement public et 40 % de l’activité du bâtiment.

Limitées dans leur autonomie, plus faiblement aidées entre-elles que leurs cousines allemandes, heurtées par des transferts de compétences mal compensés et une relation avec l’Etat sans cesse bouleversée, les collectivités ont en outre été les victimes collatérales d’une finance débridée. Elles ne disposent plus guère que du levier de la dette pour assumer leurs interventions. Mais pour combien de temps ? La troisième crise à venir pourrait bien dépasser la sphère locale. Car en remettant en cause la dimension territoriale de notre République consacrée par la révision constitutionnelle de 2003, l’année 2012 sera peut-être celle d’une crise démocratique majeure. Conséquence du caractère impécunieux de l’Etat mais bien au-delà, d’une marche à rebours de près de trente années de décentralisation.

Source LeMonde.fr