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Une « entente » intercommunale en toute légalité… qui refait surface

Mercredi 15 février 2012

Le Conseil d’Etat est revenu sur les conditions de validité d’une « convention d’entente intercommunale », un mécanisme ancien inscrit dans le Code général des collectivités territoriales. Un système conventionnel qui semble justement retrouver une certaine actualité dans le cadre de la refonte de la carte intercommunale : certains y voient l’un des outils possibles pour répondre au problème des compétences à géométrie variable dans le cas de fusions ou d’élargissements d’EPCI. Jean-Marc Peyrical, président de l’Association pour l’achat du service public (Apasp), revient sur cette forme de coopération intercommunale, mais aussi sur les questions qu’elle pose, estime-t-il, par rapport au droit de la commande publique et au droit communautaire.

A l’occasion d’un arrêt rendu le 3 février 2012, le Conseil d’Etat est revenu sur les conditions de validité d’une « convention d’entente intercommunale ».
Dans les faits, la commune de Veyrier-du-Lac avait passé avec la communauté d’agglomération d’Annecy une convention pour la mutualisation d’un service public, en l’occurrence celui de la distribution d’eau potable sur le territoire de la commune. Sur saisine de la Lyonnaise des eaux-France, le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble avait annulé la convention « au motif qu’elle était constitutive d’une délégation de service public, conclue en méconnaissance des obligations de publicité et de mise en concurrence inhérentes à la passation de telles conventions ».
La nature de cette convention répondait-elle ou non aux règles de la commande publique ? Le Conseil d’Etat rappelle que l’article L.5221-1 du Code général des collectivités territoriales (CGCT) réglemente l’entente conclue entre deux personnes publiques « sur les objets d’utilité communale ou intercommunale compris dans leurs attributions et qui intéressent à la fois leurs communes, leurs établissements publics de coopération intercommunale ou leurs syndicats mixtes respectifs ».
Pour être valable, cette convention doit répondre impérativement à deux conditions. Premièrement, l’entente doit avoir pour objet un « même service public, en continuité géographique ». Deuxièmement, elle ne peut être conclue « à des fins lucratives » au profit d’une personne publique, de manière à empêcher la mise en oeuvre de toutes pratiques concurrentielles. Le tarif de la prestation applicable à l’usager doit se rapporter au montant des investissements à réaliser et au coût de production, à savoir la recherche d’un équilibre des recettes et dépenses.
Dès lors que les conditions sont remplies, la délégation de service public peut être écartée au profit d’une convention d’entente. Cette dernière échappe alors aux dispositions relatives à la mise en concurrence et aux règles de publicité. Par conséquent, l’entente telle que conclue par la commune de Veyrier-du-Lac et la communauté d’agglomération d’Annecy ne pouvait être contestée par la voie d’un référé contractuel.

L’Apasp

ententes entre collectivités locales : l’analyse de Jean-Marc Peyrical
Au titre du CGCT, l’entente est une forme de coopération intercommunale, à l’instar des chartes intercommunales de développement et d’aménagement ou encore des commissions syndicales chargées de gérer des biens et droits indivis entre plusieurs communes.
Le mécanisme de l’entente – terme assez peu adéquat et suspect au regard du droit de la concurrence –, défini par l’article L.5221-1 du CGCT, est en tout cas ancien.
S’il a déjà donné lieu à quelques jurisprudences (voir CE, 9 janvier 1970, commune de La Teste-de-Buch, rec. p. 12, à propos d’une entente entre communes concernant des droits d’usage dans une forêt privée), il est peu utilisé et finalement peu connu.
L’arrêt du Conseil d’Etat, commune du Veyrier-du-Lac du 3 février 2012, vient de rappeler son existence.
Il précise ainsi qu’une commune peut conclure avec d’autres personnes publiques une convention constitutive d’une entente afin d’exercer en commun avec elles des missions de service public.
Il s’agit selon lui d’un procédé de mutualisation de moyens dédiés à l’exploitation d’un service public qui se trouve hors du champ de la commande publique et donc des procédures de publicité et de mise en concurrence qui gouvernent les contrats qui en font partie.
La seule limite posée par le juge est que l’entente ne doit pas aller à l’encontre du droit de la concurrence. Plus précisément, elle ne doit pas permettre une intervention d’une personne publique à des fins lucratives, cette dernière ne pouvant donc agir comme un opérateur sur un marché concurrentiel.
Une telle approche n’est pas sans soulever plusieurs questions.
Tout d’abord, la détermination de la frontière entre une collectivité locale agissant en tant qu’opérateur économique et la même intervenant de manière neutre, sans impact sur le marché, est nécessairement difficile à définir.
Le principe est que, d’évidence, la mise à disposition des moyens résultant de l’entente ne peut faire l’objet que d’une stricte compensation, sans surcompensation et donc bénéfice pour la collectivité.
Or, ainsi qu’a pu le dire le Conseil d’Etat il y a bientôt quatorze ans (arrêt du 20 mai 1998, communauté de communes du Piémont de Barr, AJDA 1998, 403), l’absence de caractère lucratif d’une activité n’est pas un obstacle au caractère onéreux du service rendu. En d’autres termes, un simple remboursement de frais ne suffit pas à écarter la présence d’un prix et donc d’un marché public.
Par ailleurs, on peut s’interroger sur la compatibilité de ce mécanisme de l’entente avec le droit communautaire.
Il est vrai que, le 28 septembre 2011, la Commission européenne a abandonné la procédure d’infraction engagée contre la France concernant la conclusion sans mise en concurrence de contrats de prestations des services entre collectivités locales en vertu de l’article L.5211-4-1 du CGCT, le contenu de l’article ayant été quelque peu modifié et le contrat de prestations apparaissant comme le complément d’un transfert de compétences.
De même, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé que la réglementation des marchés publics n’était pas applicable à un contrat instaurant une coopération entre deux collectivités locales ayant pour objet d’assurer la mise en oeuvre d’une mission de service public commune aux collectivités (arrêt du 9 juin 2009, Commission c/ RFA, Aff. C480/06).
En se fondant sur ces dispositions, le procédé de l’entente, qui a pour objet de mutualiser la gestion d’un service public entre collectivités publiques, pourrait effectivement trouver une justification.
On peut tout de même rester réservé sur la mise en oeuvre de ce procédé dont la mise en oeuvre n’est pas sans risques juridiques dès lors qu’il repose sur des notions (celles d’opérateur économique notamment) particulièrement difficiles à délimiter.

Jean Marc Peyrical, président de l’Apasp, avocat

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Gilles Carrez souhaite une nouvelle enveloppe de prêts et rejette toute modulation des dotations

Mercredi 8 février 2012

De 3 à 5 milliards d’euros : tel serait le volume de l’enveloppe de prêts supplémentaire qu’il faudrait mettre à la disposition des collectivités, estime le président du Comité des finances locales, qui compte évoquer le sujet le 10 février lors de la rencontre des élus locaux avec le chef de l’Etat. Gilles Carrez dévoile que l’Etat ne cherchera pas de nouvelles économies du côté du secteur local à la faveur du collectif budgétaire qui doit être déposé ce 8 février à l’Assemblée nationale.

Lors de la réunion que le chef de l’Etat tiendra vendredi 10 février avec les associations d’élus locaux, le président du Comité des finances locales (CFL) compte plaider en faveur de l’allocation d’une nouvelle enveloppe aux investissements des collectivités d’un montant de 3 à 5 milliards d’euros, a-t-il fait savoir ce 7 février à l’issue de la séance du CFL.
Lors d’une récente audition par la commission des finances de l’Assemblée nationale, le directeur général de la Caisse des Dépôts, Augustin de Romanet, a estimé le besoin de financement des collectivités locales pour l’année 2012 à 18 milliards d’euros (avec celui des hôpitaux, des sociétés d’économie mixte et de divers autres organismes, on arriverait à un total de 22 milliards d’euros), a rapporté Gilles Carrez.
Les banques sont susceptibles de prêter 10 à 14 milliards d’euros. « Elles ne sont pas engagées formellement, c’est donc un montant qui est sujet à caution », a souligné Gilles Carrez. Avec ces réserves, « on a une impasse financière de 8 à 12 milliards d’euros », a-t-il conclu. Le futur pôle public de financement du secteur public local, qui sera constitué par la Banque postale et la Caisse des Dépôts et dont l’Etat sera actionnaire, pourrait financer « 4 milliards, peut-être même 5 milliards d’euros » de prêts aux collectivités, a-t-il estimé, précisant que les modalités du montage de ce pôle de financement devraient être réglées « très rapidement » afin que la structure soit opérationnelle dès le mois de juin. Quant à la future Agence de financement des collectivités locales souhaitée par les associations d’élus locaux, sa mise en place devrait être plus longue, a indiqué le président du CFL, sans rappeler les fortes réticences de Bercy sur le sujet.
Avant que le pôle public de financement n’entre en ordre de marche, il faudra donc trouver un certain nombre de solutions pour faire face aux difficultés de financement des collectivités locales, considère celui qui est aussi rapporteur général du budget à l’Assemblée. L’abondement des crédits sur fonds d’épargne en est une. Sur l’enveloppe de 5 milliards d’euros mise en place à l’automne dernier (3,5 milliards gérés par la Caisse des Dépôts et 1,5 milliard par les banques), il resterait encore 1,8 milliard, a-t-il indiqué. Autre piste évoquée par le président du CFL : affecter aux collectivités 2 milliards d’euros de crédits non consommés par les agences de l’eau. Ces 2 milliards pouvant par exemple servir à financer les investissements locaux dans le domaine de l’assainissement.

Ne pas « jouer au père fouettard »

Au cours de la rencontre avec le chef de l’Etat, le président du CFL, à l’unisson avec les responsables des associations d’élus locaux, s’opposera à l’idée de moduler les dotations de l’Etat aux collectivités en fonction de critères de bonne gestion (par exemple les effectifs) avancée à plusieurs reprises à la fois par le gouvernement et le chef de l’Etat. Jacques Pélissard, le président de l’Association des maires de France (AMF), évoquait lui aussi le sujet la semaine dernière (voir notre article du 1er février), tout comme il évoquait d’ailleurs la nécessité d’une nouvelle enveloppe de prêts (voir notre article du 2 février).
Le principe de tels critères est inapplicable et, en plus, est contraire à l’article 72 de la Constitution qui garantit la libre administration des collectivités locales, avance Gilles Carrez. Pour le maire du Perreux-sur-Marne, auteur en 2010 d’un rapport sur le sujet, il faut « s’en tenir » au gel en valeur des dotations de l’Etat aux collectivités prévu jusqu’en 2014. Ajoutée à la limitation du pouvoir de taux des collectivités locales induite par la réforme de la fiscalité locale, cette mesure crée « un cadre très contraignant ». De ce fait, « il ne faut pas en rajouter une couche et jouer au père fouettard avec les collectivités », estime-t-il. Il reconnaît toutefois que la hausse des effectifs des collectivités locales (« 35.000 agents par an en plus pendant 20 ans ») « n’est pas soutenable » et dit sa déception par rapport à l’intercommunalité qui n’a pas généré les économies attendues.
Ces arguments convaincront-ils le président de la République ? Dans l’attente des décisions qui seront prises suite à la réunion de vendredi, les collectivités peuvent déjà se réjouir : elles seront épargnées par les mesures d’économies inscrites dans le collectif budgétaire que le Conseil des ministres examinera ce 8 février. On se souvient que la loi de finances pour 2012 a réduit les concours de l’Etat aux collectivités de 200 millions d’euros par rapport au projet de loi initial du fait de la mise en oeuvre du plan de rigueur du 24 août dernier. Cette opération ne sera pas renouvelée, alors que 1,6 milliard de crédits vont être annulés dans le budget de l’Etat.
Les élus locaux devraient revenir vendredi prochain sur le thème des normes qui cristallise leur colère. Malgré le moratoire décidé par le Premier ministre en juillet 2010, le flux des textes soumis à la Commission consultative d’évaluation des normes (CCEN) ne faiblit pas et certains textes ayant reçu un avis défavorable de la commission sont malgré tout promulgués. Cette rencontre au sommet devrait donc se tenir dans une ambiance électrique.

Thomas Beurey / Projets publics

3,6 millions de mal-logés et sans-abri !

Jeudi 2 février 2012

La Fondation Abbé-Pierre a présenté son 17e rapport annuel sur l’état du mal-logement. Elle y dresse un tableau sombre des dix dernières années. Le logement est devenu un facteur d’insécurité sociale et d’exclusion. Aujourd’hui, près de 9 millions de personnes sont touchées à des degrés divers par cette crise. La fondation met en exergue un « engagement inégal » des collectivités et remet en cause le concept du « logement d’abord ». Elle propose aux candidats à la présidentielle de signer un « contrat social » sur le logement.

La Fondation Abbé-Pierre a présenté, le 1er février, son 17e rapport annuel sur l’état du mal-logement en France. Au fil des ans, ce document est devenu une référence en la matière, même si les chiffres du mal-logement - et la définition même du phénomène - sont régulièrement contestés par les pouvoirs publics et certaines institutions comme l’Insee (voir notre article ci-contre du 7 janvier 2011). Cette édition 2012 est particulièrement dense (250 pages) car sa parution correspond aussi au 20e anniversaire de la fondation. Celle-ci a donc saisi l’occasion pour revenir sur vingt ans d’observation du mal-logement en France.

Dix années de crise du logement

A vrai dire, le rapport s’intéresse surtout aux dix dernières années, marquées selon la fondation par « la crise du logement [qui] fragilise une société déjà déstabilisée ». Idéalisant quelque peu les années 1990, le rapport estime que « la situation a bien changé et s’est fortement dégradée au cours des dix dernières années, période durant laquelle le mal-logement, loin de régresser, s’est développé et profondément enraciné ». Il est vrai que les effets de la hausse des prix de l’immobilier et du ralentissement de la construction, amplifié par l’impact de la crise de 2007, confortent les analyses de la fondation. La conséquence en est que le logement est devenu à la fois une source de préoccupation majeure et un facteur d’insécurité sociale. Ceci se traduit notamment par un « mouvement de ‘décrochage’, qui peut conduire une frange importante de la population à vivre en marge d’une société qui ne parviendrait plus à [lui] faire une place », ou encore par l’apparition d’une « lutte des places » qui engendre une hypersélectivité dans l’accès au logement, tout particulièrement dans le parc locatif privé. En d’autres termes, « les exigences des bailleurs privés génèrent une compétition entre les demandeurs ».
Dans un tel contexte, le mal-logement n’est pas seulement la conséquence de l’exclusion ; il en devient aussi l’un des facteurs principaux. Ceci est particulièrement vrai pour les 4,4 millions de ménages qui supportent un taux d’effort (part du revenu consacré au logement) supérieur à 35% et vivent ainsi en permanence sur la corde raide. Cette situation est d’autant plus pénalisante que l’accroissement du taux d’effort est dégressif. Selon une étude du Credoc reprise par le rapport, il s’est accru de 24 points entre 1979 et 2005 pour les personnes du 1er décile (catégories pauvres), quand il progressait seulement de 12 points pour les classes moyennes supérieures (déciles 7 et 8 ) et de 7 points pour les hauts revenus (10e décile).

Un réel problème de société

Devant l’ampleur de ces phénomènes, le rapport estime - arguments et exemples à l’appui - que « le problème du logement est un réel problème de société » qui justifierait d’en faire « une réelle priorité des politiques publiques ». Cette prégnance de l’impact du logement, bien au-delà de la seule question de l’accès à l’habitat, se lit par exemple dans ses conséquences sur le creusement des inégalités sociales, sur la pénalisation des nouvelles générations, sur l’inégalité dans les « destins résidentiels » et dans l’accès à la propriété, sur la difficulté des ménages à se projeter dans l’avenir…
Le résultat de tous ces phénomènes trouve sa traduction dans les chiffres. Pour la fondation, la France compte en effet 3,6 millions de personnes mal logées ou sans abri (l’Insee en dénombrant pour sa part 2,9 millions). En y ajoutant plus de 5,1 millions de personnes « en situation de réelle fragilité de logement [sic]« , le rapport arrive à près de 9 millions d’individus touchés à des degrés divers par la crise du logement. Si les personnes sans abri ne sont « que » 133.000 dans cet ensemble de 3,6 millions de mal-logés, on compte au total 685.000 personnes « privées de domicile personnel ». Ceci inclut notamment 411.000 personnes hébergées chez des tiers, 38.000 en chambres d’hôtel et 85.000 dans des « habitations de fortune ». S’y ajoutent - pour arriver au total de 3,6 millions - plus de 2,7 millions de personnes vivant dans des conditions de logement « très difficiles », sans confort ou en surpeuplement, 173.000 locataires de meublés et 87.000 gens du voyage ne pouvant accéder à une aire d’accueil.

« Des choix ni justes, ni solidaires »

Face à ces chiffres - et aux nombreux témoignages humains présentés dans le rapport -, la fondation estime que « depuis trop longtemps, les choix politiques pour le logement [ne sont] ni justes, ni solidaires ». La politique menée en ce domaine lui semble à la fois « sans volonté ni moyens contre le mal-logement », décalée et « extrêmement segmentée ». Le rapport demande donc davantage de cohérence, une régulation du marché immobilier (avec un encadrement des loyers lors de la remise en location) et un accroissement des moyens dédiés à l’aide au logement.
La fondation observe aussi qu’ »on assiste depuis une trentaine d’années à une montée en responsabilité des collectivités locales en matière d’habitat, qui a été accélérée par la délégation de compétences des aides à la pierre dont de nombreuses agglomérations se sont saisies ». Mais cette mobilisation n’est pas toujours « à la hauteur des attentes qui s’expriment sur les territoires » et l’Etat n’accompagne pas suffisamment les collectivités dans leurs démarches. Le rapport pointe aussi un « engagement inégal de ces dernières » et un manque d’incitation des pouvoirs publics. La fondation plaide notamment pour un relèvement à 25% de l’obligation de construction de logements sociaux et pour un renforcement des sanctions contre les communes qui ne respectent pas le quota actuel (20%).
Enfin, le rapport remet en cause le concept du « logement d’abord », promu par le gouvernement et qui doit permettre une sortie de l’hébergement d’urgence vers le haut. Tout en adhérant au principe, elle craint que ce concept ne tourne à « l’incantation » et estime qu’ »un certain nombre d’interrogations n’ont pas encore trouvé de réponse » : mauvaise identification des publics, négation des besoins d’hébergement qui subsistent, absence de perspective durable tant que perdurera un déséquilibre conséquent entre l’offre et la demande de logement…

Jean-Noël Escudié / PCA

Un nouveau contrat social

La Fondation Abbé-Pierre a saisi l’occasion offerte par la publication de son rapport et par la proximité de l’élection présidentielle pour proposer aux candidats de signer un « contrat social » sur le logement. Celui-ci - qui n’est pas sans rappeler le « new deal » proposé dans son précédent rapport (voir notre article ci-contre du 1er février 2011) - propose quatre axes « pour un véritable changement d’orientation des politiques du logement en France ». Ceux-ci reprennent les principales mesures évoquées ci-dessus : revalorisation des aides, encadrement des loyers à la relocation, quota de 25% de logements sociaux, mais aussi renforcement de la politique de prévention des expulsions et engagement de produire environ 500.000 logements par an, dont au moins 150.000 logements sociaux.
François Bayrou, François Hollande, Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon sont venus signer ce contrat. Nicolas Sarkozy - qui n’est pas officiellement candidat - ne s’est pas exprimé sur le sujet, mais son conseiller spécial Henri Guaino était présent. Pour sa part, Benoist Apparu, secrétaire d’Etat au Logement, a affirmé que le futur candidat de la majorité ne signerait pas ce contrat, notamment en raison de la présence de « mauvaises propositions » comme celle relative au blocage des loyers. Il a en revanche rappelé que l’Etat avait contribué en 2011 à la production de 130.000 logements sociaux, contre 38.000 en 2000. Selon lui, « on aura produit pendant ce quinquennat 600.000 logements sociaux », alors que seuls 265.000 auraient été produits sous le gouvernement de Lionel Jospin. Par ailleurs, dans une conjonction qui ne doit rien au hasard, le commissariat général au Développement durable (CGDD) a publié, la veille de la présentation du rapport de la fondation, le bilan du logement en 2011, toutes catégories confondues. Le CGDD dénombre notamment 535.000 autorisations de construction de logements et 421.000 mises en chantier (voir notre article ci-contre du même jour). Des chiffres qui, selon Benoist Apparu, « ne sont pas si loin » de l’objectif de 500.000 logements défendu par la fondation.

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