Articles tagués ‘associations’

Les maires des petites villes inquiets face à la montée de la demande sociale

Vendredi 10 février 2012

L’Association des petites villes de France (APVF) publie les résultats d’un sondage par questionnaire, réalisé auprès de ses membres et consacré aux « Effets de la crise sur les politiques sociales des petites villes ». Bien que l’étude ne soit pas exempte de certains biais méthodologiques (comme un déséquilibre entre les items négatifs et les items positifs dans les réponses proposées au choix du répondant), elle n’en apporte pas moins des enseignements intéressants sur l’état d’esprit des élus des petites villes. Menée du 1er au 21 décembre 2011 auprès d’un échantillon de 200 personnes, représentatif des maires de communes françaises de 2.500 à 20.000 habitants, l’étude montre une nette montée de l’inquiétude face aux conséquences sociales de la crise, même si cette inquiétude ne semble pas se traduire dans les actions mises en œuvre par les communes.
Ainsi, 56% des élus interrogés ont le sentiment d’une montée importante des phénomènes de précarité dans leur ville, tandis que 22% ont perçu une telle montée mais estiment qu’elle s’est stabilisée et que 18% n’ont pas encore perçu le phénomène mais estiment sa survenue probable. Seuls 3% des répondants déclarent n’avoir pas perçu de montée des phénomènes de précarité. De la même façon, 58% des élus estiment que l’état du financement de leurs actions sociales est « préoccupant » et 10% « extrêmement préoccupant ».

Un moindre soutien de la part des partenaires

Cette forte inquiétude s’explique sans doute par le sentiment que les partenaires habituels des petites villes commencent à se dérober. Ainsi, 63% des répondants disent constater un affaiblissement du soutien de la caisse d’allocations familiales (45% d’affaiblissement limité et 18% d’affaiblissement important). Les résultats sont assez proches – en un peu moins pessimistes – pour ce qui concerne le soutien apporté par le département : 45% (27 + 18) ont le sentiment d’un affaiblissement, tandis que 37% ne ressentent pas un tel affaiblissement, mais ont le sentiment qu’ »il est à prévoir ».
Interrogés sur les secteurs de l’action sociale qui leur causent le plus de difficultés, les élus citent en premier lieu l’accompagnement vers l’insertion et l’emploi (29%) et les actions touchant au logement (27%). Viennent ensuite l’aide alimentaire et la connaissance des besoins sociaux (16% chacun), puis l’accompagnement des personnes âgées et des personnes handicapées (respectivement 8% et 3%). En matière de conduite des actions sociales, les principales difficultés citées par les élus sont l’accès aux personnes en difficulté (31%), la collecte des financements (29%) ou encore la coordination avec les autres acteurs institutionnels (22%). Sur ce dernier point, les élus communaux sont partagés sur les solutions à apporter : 35% d’entre eux préconisent de donner davantage de poids au département, 34% recommandent de se diriger vers « une intercommunalité sociale renforcée » et 23% proposent de redéfinir précisément le rôle de l’Etat en matière sociale.
Le climat semble donc pour le moins pessimiste. Pourtant, interrogés sur les subventions qu’ils verseront en 2012 aux associations de leur commune agissant dans le domaine social, les élus répondent à 80% qu’elles seront stables, 10% qu’elles seront en hausse, 7% en légère diminution et 2% en forte diminution…

Jean-Noël Escudié / PCA

Touché par des financements en baisse, le monde associatif lance sa campagne

Samedi 28 janvier 2012

La Conférence permanente des coordinations associatives lance une double campagne en direction des politiques et du grand public. Ceci après avoir publié les résultats d’une enquête confirmant une baisse des financements publics, dont ceux de certaines collectivités… et mettant en exergue la menace que représenterait pour beaucoup d’associations le recours croissant des collectivités aux marchés publics.

« Quelle société voulons-nous pour demain ? », a lancé le 25 janvier André Leclercq, président de la Conférence permanente des coordinations associatives (CPCA), lors de la présentation de sa double campagne, en direction, d’une part, des acteurs politiques à la veille des échéances électorales, présidentielles et législatives, et d’autre part, du grand public. « Dans une société brutalisée par la crise, nous, acteurs associatifs, citoyennes et citoyens engagé-e-s [sic], souhaitons rappeler que les associations sont le ferment indispensable d’une société démocratique et solidaire. Les projets associatifs, à tous les niveaux des territoires, sont essentiels à la vie quotidienne de nos concitoyens. » Le ton est donné, la CPCA, qui regroupe 16 coordinations nationales représentant plus de 600.000 associations, souhaite marquer les esprits avec des actions de communication pour rendre plus visibles ces associations. Et de rappeler que trois Français sur quatre sont concernés par les associations qui sont, en France, au nombre de 1,3 million. Quelques chiffres encore : on dénombre 16 millions de bénévoles, 220.000 associations emploient près de 1,8 million de salariés, les associations représentent 80% des emplois de l’économie sociale et solidaire et leur budget pèse 70 milliards d’euros, soit 3,5% du PIB.

Logo, site web, rencontre avec les candidats…

En déclinaison de cette nouvelle campagne, la CPCA propose différents supports. Elle a décidé de créer, à destination des associations, un logo unique avec comme nom « Associations, reconnues d’intérêt citoyen depuis 1901″. Logo qui « rappelle deux points communs : la loi de 1901 et l’intérêt qu’elle représente pour la société », a expliqué Jonathan Debauve, chargé de communication de la CPCA. Une série de trois affiches sera disponible afin de mieux faire connaître aux Français ce que représente le secteur associatif. A partir du 27 janvier, le site web www.depuis1901.fr présente au grand public l’appel des associations « démocratie, initiative, solidarité ».  Le site détaille également les « 12 propositions pour une politique de développement de la vie associative », auxquelles six candidats à l’élection présidentielle pourront répondre le samedi 30 mars 2012 à Saint-Denis, « lieu symbolique du travail des associations sur le terrain ». Les candidats pourront à tour de rôle « développer leur vision du dialogue des pouvoirs publics avec les associations ». L’objectif est donc d’obtenir des réponses des politiques à des questions essentielles et concrètes, a résumé Jonathan Debauve : « Si vous êtes élus, comment allez-vous dialoguer avec les associations ? Les associations vont-elles pâtir de la crise ? Que va devenir le bénévolat ? Etc. » La campagne de la CPCA sera aussi relayée sur les réseaux sociaux, Facebook, Twitter et Dailymotion.

Catherine Ficat

Les associations face à la baisse des financements… et au carcan des marchés publics
Quelques jours avant le lancement de sa double campagne, la CPCA, associée pour l’occasion à France active, rendait publics les résultats d’une enquête nationale sur le financement des associations menée avec l’appui du CNRS auprès de 877 responsables associatifs. Avec une grande question toute trouvée… « Associations, comment faites-vous face à la crise ? »
Le constat est clair : les financements publics – qui représentaient en moyenne 57% de leur budget – ont globalement baissé sur les deux dernières années. « 69% des associations interrogées indiquent qu’au moins un de leur financeur a baissé sa contribution de façon significative », indique en effet l’étude. Mais tous les financeurs ne sont pas à loger à la même enseigne : si la baisse de soutien de l’Etat est citée par 59% des responsables associatifs, les collectivités sont moins souvent mises en cause. En tout cas le bloc local. Des baisses sont évoquées dans 41% des cas pour les régions, 39% pour les départements et seulement 25% pour les communes. Avec, forcément, des écarts selon les secteurs d’activité des associations – et avec certains recentrages « en fonction des priorités ou des domaines de compétences de chaque niveau de collectivités locales » (tendance, par exemple, des régions à se désengager des associations oeuvrant dans le champ du social). Heureusement, les conventions pluriannuelles d’objectifs (CPO) sont parfois là pour assurer une certaine stabilité. Un tiers des associations bénéficient ainsi de CPO avec les communes, les intercommunalités et/ou les départements. Un quart d’entre elles en ont signé avec une région.
L’enquête s’intéresse aussi au recours visiblement croissant des financeurs aux marchés publics, décrit par la CPCA et France active comme « un frein à l’initiative associative, souvent par méconnaissance de la réglementation européenne ». On saura que « plus de 21% des associations ont conclu au moins un marché public, avec les communes et intercommunalités (46%), les départements (35%), les régions (25%), l’Etat (21%) ou d’autres organismes publics (28%). Un recours qui varie forcément en fonction de la taille de l’association et de son champ d’intervention.
Au total, 45% des associations interrogées évoquent des difficultés de trésorerie. Quant aux relations avec les banques, elles semblent finalement plutôt bonnes, sachant que seules 42% des associations ont eu recours à un emprunt bancaire pour financer leurs investissements.
Face à ces divers chiffres et enseignements, France active et la CPCA détaillent une série de propositions et demandes. A commencer par « le maintien des financements publics, garants de l’intérêt général ». En ajoutant qu’il « conviendrait de prévoir dès aujourd’hui les cadres d’une péréquation qui viendrait compenser les inégalités territoriales induites par les désengagements de l’Etat au profit des collectivités locales ». Les initiateurs de l’enquête souhaitent en outre que soient privilégiés « les modes de contractualisation permettant un financement partenarial, pluriannuel et respectueux de l’initiative associative ». Autrement dit, que les financeurs publics limitent « le recours au marché public, qui ne se justifie pas toujours ». France active et la CPCA craignent en effet que la logique de la commande publique entraîne carrément « la disparition » des moyennes et petites associations non rattachées à des réseaux, « dénature la spécificité des associations », les « déstabilise » et aboutisse parfois à une « appropriation » par les collectivités locales du savoir-faire associatif. Mieux vaudrait privilégier les CPO « euro-compatibles » et favoriser, « en complément de la subvention, l’appel à projets sous réserve d’un cadre juridique respectueux de la production d’innovation ». Ce qui, précise le recueil de propositions, implique plusieurs mesures : simplification du modèle de CPO annexé à la fameuse circulaire Fillon du 18 janvier 2010, mieux informer collectivités et associations sur ces CPO mais aussi sur la notion d’ »acte de mandatement »…

Claire Mallet

Perte du triple A pour l’Etat, triple crise pour les collectivités locales

Jeudi 19 janvier 2012

On voyait la catastrophe venir. Maintenant, c’est officiel : avec la perte programmée du « triple A » de la France, les collectivités devraient voir par contrecoup leurs conditions d’emprunt se dégrader. D’autant que cette situation se conjugue à une triple crise qui impacte les budgets locaux.

Première crise, de confiance, liée au non-respect de la parole donnée de l’Etat dans l’application de son pacte passé avec les territoires. Pour quelles raisons ? Parce que la dette nationale, contrepartie des déficits publics, est passée ces cinq dernières années de 1 200 à 1 700 milliards d’euros pour atteindre aujourd’hui 85 % du PIB. Responsable essentiel de cette tendance : l’Etat, confirme la Cour des comptes. Par ses décisions d’allègements fiscaux prises, dès la fin des années 1990, le mouvement s’est accéléré sous les gouvernements Fillon.

Ce faisant, Bercy fait payer le prix fort de ces turpitudes aux territoires en revenant systématiquement sur le pacte financier qui le lie au monde local. Comment ? En comprimant le volant local de ses dépenses, soit 20 % de son budget composé de dotations et autres subventions aux collectivités. Un peu plus chaque année, les termes du « Pacte de stabilité » qui régule les relations de l’Etat central avec le secteur local sont revus systématiquement en défaveur des territoires. Il s’agit d’un contrat de dupe en réalité et ce, depuis qu’il a été crée au milieu des années 1990 pour donner un cadre stable aux budgets locaux. Aucun gouvernement n’a souhaité y insuffler la nécessaire pérennité attachée à une bonne gouvernance.

Contraint de limiter la casse de ses propres déficits, le pouvoir central s’est donc retourné vers un coupable idéal, dénoncé à coups de communication présidentielle, en fermant le robinet des « concours » étatiques nécessaires à leur fonctionnement. Il exerce par ce biais un certain nombre de contraintes sur les budgets locaux. Qu’elles soient directes sous l’effet de l’application de la norme « 0 valeur » appliquée y compris à ces transferts vers les collectivités ou indirectes, par le biais des réformes territoriales et leur volet fiscal.

En 2011, l’effort de « redressement des comptes publics » a ainsi été décliné pour les territoires dans les deux derniers plans de rigueur :

- Celui du 24 août : par la participation des collectivités à hauteur de 20 % du milliard d’euro de dépenses publiques gelé par l’Etat, avant même le dépôt du projet de loi de finances 2012 ;

- Celui du 7 novembre par la hausse du taux dit réduit de la TVA de 5,5 % à 7 % sur certaines des services des collectivités.

Seconde crise qui affecte le monde local, celle du système financier et de ses déclinaisons locales.

Alors qu’en juillet 2011, Dexia, première banque des collectivités, passait avec succès les « stress-tests », cet établissement annonçait le mois suivant un retour aux bénéfices avant de se retirer définitivement du marché. Promis au découpage entre la Caisse des dépôts et la Banque postale, Dexia est l’histoire d’un modèle économique intenable, vanté plus d’une décennie, mis sous la perfusion de la vente des « prêts toxiques » à fortes marges et qui termine au désastre.

Aujourd’hui, l’ex-premier banquier des collectivités laisse les élus en plan. L’inquiétude sur la disparition de ce major des financements locaux ajoutée à la nouvelle réglementation dite Bâle III devraient rendre plus difficiles encore les conditions d’accès aux financements destinés aux territoires. Cela alimente le projet de création d’une banque publique portée par les principales associations d’élus mais il prendra du temps. Ironie de l’histoire, il aura fallu un petit quart de siècle pour remettre au goût du jour l’idée d’une Caisse des collectivités, éteinte en 1982, à la naissance du Crédit local de France, l’ancêtre de Dexia.

Quels sont les comportements adoptés par les collectivités dans cet environnement hostile ? Contre vents et marées et à rebours d’une réputation dispendieuse, elles ont continué à privilégier l’investissement. Cela a été encore le cas en 2010, avec une croissance de près de 3 % pour atteindre 51,9 milliards soit les trois quarts de l’investissement public et 40 % de l’activité du bâtiment.

Limitées dans leur autonomie, plus faiblement aidées entre-elles que leurs cousines allemandes, heurtées par des transferts de compétences mal compensés et une relation avec l’Etat sans cesse bouleversée, les collectivités ont en outre été les victimes collatérales d’une finance débridée. Elles ne disposent plus guère que du levier de la dette pour assumer leurs interventions. Mais pour combien de temps ? La troisième crise à venir pourrait bien dépasser la sphère locale. Car en remettant en cause la dimension territoriale de notre République consacrée par la révision constitutionnelle de 2003, l’année 2012 sera peut-être celle d’une crise démocratique majeure. Conséquence du caractère impécunieux de l’Etat mais bien au-delà, d’une marche à rebours de près de trente années de décentralisation.

Source LeMonde.fr