NOUS SOMMES EN DANGER EN DANGER DE MORT !
Je voudrais profiter de cette période riche en échanges, débats et rencontres en tous genres pour interpeller les candidats et les élus des deux chambres du Parlement mais aussi les élus des collectivités territoriales.
Je voudrais leur dire à quel point le monde associatif est en danger alors qu’il est l’un des piliers incontournable de l’éducation citoyenne, de la paix sociale et de la construction de l’avenir.
La situation des associations d’Education Populaire est grave.
Ce tissu d’engagés volontaires et de salariés est plus qu’indispensable à la construction de notre société.
Chacune des associations, dans son domaine, apporte une pierre complémentaire qui fait que l’éducation et l’accompagnement des jeunes et de leurs familles ne sont pas que des mots mais bien des actes et des réalités du quotidien.
Un exemple : chaque jour, l’association des Pupilles de l’Enseignement Public, les PEP, sont interpelés par des enseignants qui n’acceptent pas que certains de leurs élèves soient trop peu habillés ou insuffisamment nourris. Oh, non pas parce que la vue de ces gamins leur fait pitié. Non ! Parce qu’ils savent que, lorsqu’un enfant à froid ou faim, son cerveau ne peut pas être disponible pour un temps d’éducation, un temps d’élévation, en référence au sens du mot « élève ».
Cette association cherche à accompagner ces enseignants et leurs élèves ; elle répond aussi bien que possible à leur demande. Mais, plus les années passent, moins elle est en capacité de répondre.
On pourrait citer quasiment à l’infini la liste des problèmes qui sont posés quotidiennement. Ce ne sont surtout pas des problèmes de charité qui sont à régler et ce ne sont pas que des problèmes de solidarité. Ce sont des problèmes d’accompagnement ! Et, pour accompagner, il faut être au moins deux.
On le sait, les choix qui ont été faits en haut lieu ont réduit et continuent de réduire de façon drastique les moyens financiers et humains d’accompagnement.
Or, il y a fort à craindre que, bientôt, si rien ne change, il n’y ait plus que les personnes en besoin d’accompagnement qui soient là. Les associations, elles, auront disparu !
Bien sûr, tout cela n’a rien de spectaculaire ni de télégénique. Il est donc facile de fermer les yeux ou, pour le moins, de ne pas les ouvrir.
Oui, les associations d’éducation populaire sont en grand danger !
Si ceux qui ont -ou vont avoir- un pouvoir de décision et d’action ne se positionnent pas et n’agissent pas, le futur proche du mouvement associatif devrait ressembler à un grand cimetière dont les allées seront recouvertes d’une terre qui ne sera plus que poussière, celle de la démocratie en train de mourir.
Pourtant, c’est incontestable, c’est dans la capacité d’une société à accompagner ceux qui en ont besoin que se mesure sa force à aller, sans crainte, vers une démocratie apaisée et constructive.
Une autre interrogation : que dire de ces trop nombreuses collectivités qui font seulement référence, pour leurs choix de prestataires pour classes de découverte ou séjours vacances au système de l’appel d’offre ?
Avec, comme unique référence, le choix du moins disant.
Alors, bien sûr, les associations d’éducation populaire qui tiennent à présenter des projets où qualité pédagogique et valeur citoyenne de l’accueil ont un véritable sens… mais aussi un coût, se voient laissées au bord de la route au bénéfice d’entreprises -parfois déguisées en prétendues associations- qui ont pour seule devise « soyez tranquilles, nous sommes là pour vendre le bonheur qu’aimeront consommer les élèves. »
Dans cette démarche de ces trop nombreuses municipalités, quelle place est laissée à l’éducation, à la pédagogie, au choix de l’enseignant et au sens qu’il veut donner à son séjour ?
De telles démarches ne valident-elles pas la notion de consommation avec tout ce que cela représente de régressif quant à la mission d’éducation qui est celle de l’école et qui est celle des associations d’éducation populaire ?
Alors, oui, je le dis avec force, on ne peut se bercer de mots d’un côté et accepter le système ultra-marchand -et ses dérives- de l’autre… tout en laissant de côté les associations qui œuvrent au quotidien pour une éducation citoyenne de qualité, ouverte à tous.
Il me semble, aussi, utile que nous nous demandions, ensemble, élus et responsables associatifs, quel type de relations nous souhaitons avoir.
Une alternative, deux possibilités s’offrent à nous : soit l’un est l’outil, l’instrument de l’autre ; soit les deux sont partenaires et construisent, ensemble, des projets qui pourront satisfaire les aspirations, la raison d’être et les convictions de l’un et de l’autre.
Actuellement, le positionnement n’apparaît pas toujours clairement, aussi bien d’un côté que de l’autre.
Pour certaines associations, l’élu -et la collectivité qu’il représente- serait une simple machine à valider, sempiternellement, des subventions et autres aides qui n’auraient d’autre objectif que de permettre à l’association de perdurer ; un peu comme survit un plant de tomate andalou cultivé en hors-sol et nourri, artificiellement avec un goutte-à-goutte peu ragoutant.
La finalité de cette relation ne vise pas, soyons-en convaincus, un développement et une pérennisation de l’éducation populaire.
D’un autre côté, pour certains élus, les associations -et leurs dirigeants- seraient des outils qu’ils leur arriveraient d’instrumentaliser pour transmettre une image qu’ils veulent progressiste, sociale, voire près des jeunes.
Pour cela, rien de plus simple : on s’affiche sur quelques photos, on prononce quelques discours empreints de bonnes intentions… et, dès que la porte est refermée, on oublie les nécessités et les exigences du quotidien auxquelles ont à faire face les bénévoles et les salariés de ces associations.
De cette dichotomie que l’on rencontre malheureusement trop souvent, provient une certaine méfiance -j’ai failli dire défiance- mutuelle.
Et pourtant, en ces temps ou l’éducation populaire et citoyenne est vraiment malmenée et oubliée, il est temps que chacun prenne ses responsabilités et donne corps à ses convictions.
Ensemble, nous avons un chemin à parcourir pour que les jeunes et leurs familles puissent accéder, pleinement, à leur rôle de citoyens dignes, engagés, responsables et sereins !
Ensemble, nous avons tant à faire.
Jacques Desbordes
Président Les PEP 33